« Il ne faut pas prendre de complément alimentaire sans avis médical »

Peut-on prendre des compléments alimentaires pendant un traitement anticancéreux ? Le Dr Bruno Raynard, chef de l’unité transversale de diététique et de nutrition de l’Institut Gustave-Roussy, se montre prudent.

Dr Bruno Raynard sur les compléments alimentaires @Dr Bruno Raynard, chef de l'unité transversale de diététique et de nutrition de l'Institut Gustave Roussy. © IGR

Doit-on prendre des compléments alimentaires pendant un traitement anticancéreux ?

Oui, si des carences en certaines vitamines (d, b1, b12) ou en certains micronutriments (fer, zinc, sélénium) sont identifiées par le médecin. Ces carences résultent généralement de difficultés à s’alimenter, d’un manque d’appétit, de troubles du goût ou de blocages alimentaires qui diminuent l’envie de manger.

Elles peuvent être provoquées par les traitements, qui font apparaître ou aggravent les difficultés alimentaires. Elles peuvent aussi survenir après une opération de l’estomac ou de l’intestin grêle qui entraîne une diminution de l’absorption des nutriments. Ou encore à cause de diurétiques, qui augmentent les pertes urinaires de vitamine b1 ou de certains minéraux comme le potassium ou le magnésium. Enfin, un traitement susceptible d’occasionner une diarrhée, comme les antibiotiques, par exemple, est également à surveiller.

Tous ces éléments d’alerte incitent le médecin à prescrire des analyses régulières pour identifier une éventuelle carence et prescrire le complément nutritionnel adapté.

Certains compléments alimentaires peuvent-ils augmenter l’efficacité des traitements ?

Il n’existe aucune preuve scientifique validant une telle hypothèse. Au contraire, la prise de nutriments à des doses supérieures aux doses « nutritionnelles » peut même avoir des effets néfastes. Les antioxydants peuvent réduire l’efficacité de la chimiothérapie ou de la radiothérapie sur les cellules cancéreuses.

Le bêta-carotène et la vitamine e peuvent favoriser l’apparition de certains cancers (comme celui du poumon chez le fumeur). Certains nutriments pourraient avoir un effet antitumoral, comme les acides gras oméga-3, le lycopène, le resvératrol ou la curcumine. Toutefois, aucune étude clinique n’a démontré l’intérêt d’une supplémentation. Idem pour le ginseng, efficace pour réduire la fatigue mais sans influence prouvée sur le cancer lui-même.

Mon conseil ? Surtout ne rien prendre sans avis médical.

Propos recueillis par Céline Dufranc