L’immunothérapie révolutionne la prise en charge des cancers du poumon

Révolution dans le domaine du cancer du poumon métastasé : un traitement d’immunothérapie sera proposé aux patients en première ligne de traitement.

immunotherapie @Une petite révolution est en marche

Ca y est ! Le traitement d’immunothérapie Keytruda (pembrolizumab) est désormais disponible pour les patients en première ligne(1) de traitement.

Cette nouvelle arme thérapeutique s’inscrit dans une nouvelle génération de médicaments visant à renforcer le système immunitaire pour qu’il se défende mieux et parvienne à tuer les ­cellules cancéreuses. Autrement dit, son but est de «réveiller» le système immunitaire du patient pour lui permettre d’engager lui-même la bataille contre le cancer. Une stratégie  différente de celle utilisée avec la chimiothérapie, qui cible directement la tumeur pour tenter de l’éradiquer. Avec l’immunothérapie, on ne s’attaque pas de front à la tumeur, mais on stimule les défenses du patient pour mieux la combattre.

Pour le Dr Christos Chouaid, pneumologue au CHI de Créteil, c’est une nouvelle particulièrement enthousiasmante quand on sait que « le cancer du poumon est l’un des plus graves et des plus fréquents -45 000 nouveaux cas par an-, pour lequel il n’y a eu depuis trente ans que des progrès de très faible amplitude ». Particulièrement inquiétante selon lui, « l’explosion du nombre de cancers bronchiques chez les femmes, dû à l’augmentation du tabagisme chez les adolescentes ».

Une efficacité supérieure à la chimiothérapie, moins d’effets secondaires

Par rapport à la chimiothérapie à base de platine utilisée en standard dans les cancers du poumon non à petites cellules métastatiques, dont les tumeurs expriment à plus de 50 % le biomarqueur PDL1 -soit environ 20 % des 45 000 patients touchés chaque année par le cancer du poumon en France- cette thérapie ciblée a montré une amélioration de survie de trois à quatre ans.

Une véritable révolution et «un nouveau paradigme pour les 6 000 à 8 000 patients concernés », se réjouit Christos Chouaid, impliqué dans les essais cliniques.

En plus d’un doublement du taux de survie, les patients peuvent vivre quasi normalement. Le traitement étant moins toxique qu’une chimiothérapie (pas de nausées, de perte de cheveux ni d’effets secondaires graves…), « ils peuvent continuer à travailler ».

Un traitement très attendu dans cette indication

Déjà en 2014, cette molécule avait reçu une autorisation de mise sur le marché (AMM) pour le ­mélanome et, en deuxième ligne, pour certains cancers du poumon. Bien qu’elle ait obtenu l’AMM européenne pour cette extension d’indication, en première ligne, en janvier, il a fallu attendre près d’un an pour que le prix soit fixé : environ 6000 euros par mois, à raison d’une injection toutes les trois semaines, jusqu’à progression de la maladie.

« On ne peut que se féliciter de la possibilité de prescrire enfin le produit en première ligne », reconnaît le Dr Aurélien Marabelle, responsable du programme d’immunothérapie à Gustave Roussy. « Mais la France a été le dernier pays européen à s’y décider, ce qui montre à quel point il devient difficile d’accéder à l’innovation. » « L’accès à cette innovation majeure a un peu tardé en France, regrette aussi le Dr Chouaid, mais maintenant que nous avons démarré, nous allons être très bons ».

Être éligible au traitement

Pour savoir si le patient peut bénéficier du traitement, il faut qu’il soit éligible : pour cela, un test dit « compagnon », obligatoire avant prescription, a été développé. « Ce sont les patients dont plus de la moitié des cellules de la tumeur expriment le marqueur biologique PDL1 qui ont le plus de chance de tirer un bénéfice de cette immunothérapie », précise Frédérique Penault Llorca, pathologiste et directrice du centre régional de cancérologie Jean-Perrin à Clermont-Ferrand. Sa prescription sera donc conditionnée à un test réalisé à partir d’une biopsie de poumon ».

Il faut compter 3 à 5 jours pour connaître les résultats. Actuellement, 87 % des pathologistes ont été formés à ce test et plus de 86 % des cliniciens le prescrivent.

Actuellement 1400 patients sont traités. « Nous sommes sur starting blocks pour les prochains», conclut le Dr Chouaid, qui s’engage à ce que le taux de pénétration de cette innovation soit rapide.

Céline Dufranc

(1) (c’est-à-dire prescrit d’emblée, à la place de la chimiothérapie ou combiné à de la chimiothérapie)

DIFFÉRENTS TYPES DE CANCERS BRONCHIQUES

Il existe différents types de cancers bronchiques :
– les cancers dits « non à petites cellules » qui sont les plus fréquents (environ 80 % des cas) : ils regroupent les adénocarcinomes (50 % des cancers pulmonaires) et lescarcinomes épidermoïdes (30 % environ des cas de cancers du poumon),
– les cancers « à petites cellules », étroitement liés à la consommation tabagique, en voie de diminution, qui représentent environ 20 % des cancers bronchiques.