Du piment pour lutter contre les douleurs neuropathiques

Victime de douleurs neuropathiques insupportables depuis son cancer du sein, Valérie suit un nouveau protocole pour calmer ses maux : des patchs imbibés de capsaïcine, la molécule active du piment. Avec succès. Elle nous raconte.

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Le piment, nouveau moyen contre les douleurs neuropathiques ? Crédits : Pixabay.

« Je revis ». Valérie Fournier a souffert d’un cancer puis de douleurs neuropathiques épuisantes et invalidantes. Mais depuis un an et demi, elle teste un nouveau traitement… au piment. Le Qutenza. « Je prends moins de médicaments, moins de patch anti-douleur également. Je n’ai plus mal tous les jours, et déjà c’est énorme. »

Valérie a eu un cancer du sein : ablation, chimiothérapie, radiothérapie, hormonothérapie et reconstruction mammaire. Cicatrice et traitements génèrent des effets secondaires très pénalisants « Je ressentais des décharges électriques dans ma poitrine, comme des contractions. Les douleurs étaient violentes, vives mais j’avais aussi des fourmillements », confie la patiente. À cette époque, les médicaments anti-douleur ne lui font plus aucun effet. Valérie est à bout. Son médecin lui propose un traitement contre la dépression, qui permettra en plus d’endormir les douleurs. « J’ai refusé, j’avais déjà pris ce traitement une fois pendant trois mois, et je n’avais pas du tout bien géré les effets secondaires. »

Un nouveau traitement… à base de piment

C’est alors que son oncologue évoque une nouvelle possibilité ; un centre anti-douleur à Valence propose un traitement original : le Quentza. Ce médicament, sous forme de patch, a pour principe actif la capsaïcine : une molécule irritante issue du piment. Dans la nature, la capsaïcine permet à la plante de défendre son fruit face aux prédateurs qui voudraient le dévorer en leur provoquant une brûlure. En médecine, cette sensation de chaleur intense pourrait présenter un intérêt dans le traitement des douleurs neuropathiques : en détendant les muscles, elle pourrait contribuer à soulager le mal.

Pour avoir accès au traitement, les délais sont longs : 5 à 6 mois avant d’obtenir un rendez-vous. Mais le médecin de Valérie insiste : sa patiente est en grande détresse. Elle finit par décrocher l’entrevue tant attendue. « On m’a posé beaucoup de questions sur ma maladie, mes douleurs, pour déterminer les dosages. Les médecins m’ont aussi parlé des effets secondaires éventuels comme des brûlures. Mais après la chimiothérapie et la radiothérapie, quelques brûlures de plus ou de moins : on relativise vite. »

Une sensation de chaud et de froid

Valérie accepte le protocole, en toute confiance. Enfin presque : « La première fois, les infirmiers sont arrivés avec des lunettes, des masques, des gants de protections, je me suis demandé ce qu’on allait me mettre sur la peau ! », plaisante la jeune femme. Le protocole est réalisé au sein du centre anti-douleur, en ambulatoire. Un membre de l’équipe médicale vient pour identifier les douleurs et les zones où elles se propagent, et dessine sur le patient les endroits où coller les patchs.

Le Qutenza se présente sous la forme de pansements imbibés, découpés comme des patchs qui sont posés directement au contact de la peau, pendant 1h30 à 2 heures. Pour Valérie, ce sera sur sa cicatrice de 30 centimètres, ainsi que sous son aisselle. Dans cette zone, une stase de la lymphe lui provoque des gonflements qui perdurent malgré la rééducation.

« Pendant vingt minutes on ne sent rien, puis la chaleur monte petit à petit, raconte Valérie. Un médecin arrive ensuite pour mettre de la glace pour ne pas trop sentir la brûlure. C’est une sensation simultanée de froid et de chaud. »

L’HAS rend un avis défavorable

Une fois les patchs enlevés, Valérie est installée pendant une heure en salle de surveillance pour vérifier qu’elle ne présente pas de symptômes d’une allergie ou de brûlures trop importantes. Les jours suivants, sa peau rougit sous l’effet du produit. Et si la sensation de chaleur s’estompe avec le temps, ses bienfaits continuent à se diffuser sous les strates de sa peau. Durant cette période, la patiente doit faire attention à ne pas trop toucher les zones traitées pour ne pas se mettre du produit dans les yeux ou sur les muqueuses.

Pour l’instant, Valérie est ravie du protocole. Si elle en ressent le besoin, elle pourra renouveler l’opération d’ici mai ou juin. « Il n’est pas possible de faire les séances trop rapprochées, précise la jeune femme. En général, c’est tous les six ou quatre mois, selon les prescriptions. » Depuis ces patchs, « j’ai repris une vie », confie-t-elle. Elle a même pu participer au raid Cœur d’Argan. « J’ai pu vivre une aventure sans médicaments, à 100%. Avant, la douleur me bouffait de l’intérieur, là c’est une vraie libération. »

Valérie sait que si les effets sont positifs pour elle, ce traitement n’est pas pour autant « miraculeux ». En 2017, la Haute Autorité de Santé a rendu un avis défavorable quant à sa prise en charge par la sécurité sociale. « La commission considère que le Qutenza n’apporte pas d’amélioration du service médical rendu dans la prise en charge des douleurs neuropathiques périphériques localisées chez les adultes non diabétiques. » En d’autres termes, son efficacité est limitée et les effets secondaires sont trop importants pour l’autorité, qui précise que la prescription ne peut être réalisée qu’après l’avis d’un médecin spécialisé dans la prise en charge de la douleur. Et invite à une réévaluation régulière de la pertinence du traitement.

Mathilde Durand