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Réparer les visages : immersion dans un cabinet d’épithésiste

{{ config.mag.article.published }} 13 janvier 2026

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Au cœur de Strasbourg, dans son atelier baigné de lumière, Anne-Marie-Riedinger (de dos), secondée par Michèle Stockhausen (de face) et Floraine Allart (de profil), reçoit Marie-Jeanne (72 ans), suivie pour une épithèse orbitaire (œil) Photo : Anne-Charlotte Compan

Épithésiste. Ce métier, peu connu, change la vie de nombreux patients défigurés par l’exérèse d’une tumeur. Profondément humain, très technique, il leur permet de retrouver leur identité. Immersion dans le cabinet d’Anne-Marie Riedinger et de son équipe, où depuis 40 ans on pratique cette discipline comme un art.

Pinceau et palette en main, Anne-Marie Riedinger est penchée sur son œuvre. Elle peint d’après modèle vivant, ou plutôt sur modèle vivant. Aujourd’hui, elle s’applique à recréer les nuances exactes de la peau du visage de Sabrina (44 ans), qui a perdu son œil gauche à l’âge de 1 an, à la suite d’un cancer de la rétine (rétinoblastome).

Tandis que la patiente lui donne de ses nouvelles, l’épithésiste se concentre sur l’ombre portée de sa paupière, l’inclinaison de ses cils, la transparence rosée du pli de sa conjonctive… Le but de ce travail minutieux : réussir l’épithèse orbitaire (incluant la paupière et le globe oculaire) la plus parfaite possible.

Pas un détail n’échappe à celle qui a rapporté, voilà près de quarante ans, la technique de l’épithèse (prothèse faciale) en silicone des États-Unis. À l’époque, en France, on ne connaît que la résine, rigide, et le latex, allergisant. Grâce au silicone, Anne-Marie et son équipe réalisent des épithèses orbitaires, nasales, auriculaires ou encore des mamelons d’un réalisme saisissant.

Ce moment où l’épithèse prend vie

Poussant toujours plus loin l’innovation, elle parvient à rendre l’estime d’eux-mêmes aux patients qui lui sont adressés à la suite d’un cancer, d’un accident ou d’une malformation de naissance. « Il manque un peu d’épaisseur de cils au creux de l’œil », indique Anne-Marie à Michèle, qu’elle forme à son art depuis plus de sept ans.

Récupérant l’épithèse, celle-ci, une aiguille à coudre en main, commence à implanter les cheveux naturels qui constitueront les cils. Son geste est précis, presque chirurgical. Michèle compare, ajuste, vérifie… Les deux épithésistes se concertent, puis placent son nouvel œil sur leur patiente.

Un sourire aux lèvres, elles tendent le miroir à Sabrina. « C’est moi ! » s’exclame celle-ci avec une joie sincère. Pour nos expertes, c’est la confirmation qu’elles viennent d’atteindre le Graal de tout épithésiste : reproduire l’étincelle du regard. Anne-Marie explique : « Nous travaillons jusqu’à ce moment où l’épithèse semble prendre vie, où d’un coup on aperçoit l’humanité, on voit presque le caractère, l’âme de la personne. »

Réaliser une épithèse exige trois à six rendez-vous avec le patient. Pour terminer une prothèse « simple », telle qu’une oreille, il faut compter environ trente heures de travail. Pour des cas complexes, c’est bien davantage. Et l’atelier d’Anne-Marie, situé au cœur du quartier de l’Orangerie à Strasbourg, en voit passer de très nombreux. Et parfois depuis longtemps.

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Les épithèses font partie de ce qu’on nomme les grands appareillages et sont totalement prises en charge, sur devis, par la Sécurité sociale. Leur coût diffère selon l’emplacement et la complexité de leur réalisation, et peut atteindre plusieurs milliers d’euros. Photo : Anne Charlotte-Compon

Le début de la reconstruction

Sabrina est de ceux-là : elle est suivie ici depuis plus de trente ans. « J’ai eu ma première épithèse à seulement 10 ans », se souvient avec émotion la jeune femme, qui a subi plusieurs opérations de reconstruction, toutes soldées par des échecs malgré la promesse de son chirurgien de lui rendre un œil pour qu’elle devienne, selon ses mots, « une jolie jeune fille ». Des mots qui lui disaient en creux qu’elle était différente, et qui l’ont peu à peu détruite.

Lorsque la petite fille arrive avec son père au cabinet d’Anne-Marie pour la première fois, elle porte une compresse sur la cavité orbitaire et n’est plus que l’ombre d’elle-même. « Je m’étais renfermée, isolée, et j’ai rejeté la première épithèse, comme pour me punir. Je ne l’ai pas entretenue, et au bout de cinq ans le silicone avait jauni. »

Puis, soutenue par son père, elle ose franchir à nouveau le seuil du cabinet d’Anne-Marie. « Ce retour a marqué le début de ma reconstruction », affirme-t-elle tandis que Michèle applique un peu de colle biologique sur le pourtour de son épithèse – enfin achevée – afin de bien la fixer.

Aujourd’hui, les prothèses sont maintenues par des aimants via des implants osseux, système qui n’existait pas lorsque Sabrina était petite. Michèle se recule, examine le visage de Sabrina, puis vient réajuster, au millimètre près, l’épithèse. Le regard ne souffre aucune erreur de centrage. Cet œil restera bien sûr ouvert, mais son réalisme ne sera nullement altéré par le clignement de l’œil droit, dont la brièveté le rend à peine perceptible.

Sabrina observe chaque geste de ses soignantes : « La minutie qu’elles déploient m’aide à accepter encore plus l’épithèse. C’est un honneur pour moi de porter ce qui est, en réalité, une œuvre d’art. »

« Anne-Marie est une figure maternelle »

Pull côtelé, pantalon cigarette, jolies bottines aux pieds et lunettes tendance, Sabrina rayonne. Le charme de ses mimiques, son sourire et l’assurance de tous ses gestes font complètement oublier le subterfuge de son regard.

« Ici, j’ai vécu une nouvelle naissance. Pour moi, Anne-Marie est une figure maternelle », confie Sabrina. Ses petites lunettes toujours descendues sur le bout de son nez, les yeux malicieux et tendres, Anne-Marie sourit. Elle sait que le lien tissé entre elles deux est puissant et fut salvateur. Et, ce lien, elle l’a forgé avec délicatesse dès leur premier rendez-vous. Ici, pas question d’enchaîner les patients. « Ils me sont adressés par le chirurgien, en général très peu de temps après l’annonce de leur cancer. Notre plus gros travail à ce moment-là, c’est l’écoute profonde du patient, car il est en état de choc. »

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Avec certains patients, la relation remonte à plus de trente ans. Au fil du temps, des liens forts se tissent, comme ici avec Sabrina, qu’Anne-Marie Riedinger a connue petite fille. Photo : Anne-Charlotte-Compon

Une technicité de pointe

Christiane, qui vient de déposer son manteau dans l’entrée du cabinet, se souvient très bien de sa première rencontre avec Anne-Marie. C’était en 2017. Cette professeure de technologie en collège était arrivée encore traumatisée par un rendez-vous qu’elle avait eu avec son chirurgien.

Trois ans après un premier cancer de la cloison nasale, celui-ci venait de lui annoncer une récidive. La présence d’une volumineuse tumeur (carcinome épidermoïde) nécessitait cette fois l’ablation totale de son nez.

Pour elle, pas de chirurgie reconstructrice possible, ou au prix d’opérations complexes au résultat incertain. « Alors il m’a dit : “Je connais quelqu’un qui fait du supertravail, on va vous refaire un nez !” Ici, j’ai été écoutée avec une bienveillance totale. »

Peu de temps après, Christiane est opérée. Anne-Marie est au bloc au côté du chirurgien. Car, si l’épithèse relève d’un minutieux travail artistique, elle demande également une technologie médicale de pointe. « Lors de l’opération, je m’assure que les implants en titane qui maintiendront la future épithèse via des aimants soient bien positionnés, à la bonne profondeur », explique l’épithésiste.

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En attente de son nouveau nez, Christiane est associée aux différentes étapes de sa fabrication. Anne-Marie Riedinger est convaincue qu’impliquer ainsi les patients leur permet d’accepter plus naturellement leur prothèse. Et leur nouveau moi. Photo : Anne-Charlotte Compon

Retour à la vie sociale

Dans le cas de Christiane, poser les implants dès l’opération était essentiel, car la radiothérapie fragilise les tissus et l’os, rendant parfois impossible une pose ultérieure.

Le temps d’effectuer toutes ses séances de rayons, Christiane a porté un pansement, sortant le moins possible, promenant son chien aux aurores pour éviter les regards… Jusqu’au jour où elle a enfin découvert son nouveau nez. Il lui a rendu sa vie sociale : « Je vais au restaurant, je fais du shopping, j’ai repris le travail. Le matin, je mets mes chaussures, mes lunettes… et l’épithèse ! »

Une impression de normalité qui change tout. Pourtant, au quotidien, notre quinquagénaire se sent mieux sans sa prothèse, qu’elle retire dès qu’elle est chez elle.

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À LIRE AUSSI : Retrouvez notre interview de Sabrina, vice-présidente de Corasso, l’association de patients atteints de cancers ORL rares, dans laquelle elle revient sur la raison d’être de la campagne de communication « Quoi ma gueule ? » qui interpelle en douceur le grand public sur le quotidien des « gueules cassées ».

Améliorer le confort et l’esthétique

Installée face aux grandes baies baignées de lumière naturelle de l’atelier, elle raconte les petites gênes qui persistent. Sa prothèse nasale dépasse la ligne de ses sourcils. L’équipe réfléchit à des solutions. Peut-être jouer sur la forme du haut de l’épithèse ? Modifier la dureté du silicone ? Avec une patience infinie, Michèle et Anne-Marie écoutent, observent, cherchant en permanence à améliorer le confort comme l’esthétique de leurs épithèses. « C’est de l’art, c’est de la science, c’est du médical, c’est formidable ! » s’exclame Michèle.

À tout juste 30 ans, la jeune femme s’apprête à reprendre les rênes de l’atelier. La peau diaphane, de petites boucles entourant son visage encore juvénile, Michèle a, comme Anne-Marie, débuté par l’illustration médicale. Lorsqu’elle découvre le monde de l’épithèse, c’est une évidence : elle en fera son métier.

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Michèle commence le travail de mélange des couleurs pour correspondre aux nuanciers de la peau d’une patiente. Photo : Anne-Charlotte  Compan

Mais tout reste à apprendre : « Je faisais du dessin, donc de la 2D. Or, là, il faut sculpter, comprendre les volumes, les empreintes, la fabrication des moules… sans oublier les connaissances nécessaires pour suivre le travail au bloc opératoire : la rétraction des tissus, le protocole d’implantologie… »

Il lui a fallu près de trois ans pour réaliser sa première épithèse de A à Z ! « Anne-Marie me montrait une étape, il fallait que je la répète au moins quarante fois avant que ce soit bien », s’amuse-t-elle en regardant son mentor, qui est très fier d’avoir su déceler l’envie autant que le talent chez Michèle. Et l’humain ? « J’apprends petit à petit, aux côtés des patients. C’est parfois dur, mais l’important pour moi est de savoir que mon travail est utile. Ça ne changera pas tout, mais je suis une petite pierre qui va les aider sur leur chemin. Et, ça, c’est l’essentiel. »

Confiance et acceptation

C’est maintenant au tour de Marie-Jeanne de s’installer dans le fauteuil pivotant qui trône dans l’atelier. Tout en dégageant, avec une grande douceur, les petites mèches blondes qui encadrent le visage de la septuagénaire, Michèle s’enquiert : « Vous n’avez pas trop chaud ? Trop froid ? » Marie-Jeanne sourit. Elle sait qu’elle sera entourée d’attention dans ce long entretien qui l’attend.

Les patients passent fréquemment deux à trois heures au cabinet, un temps nécessaire pour accomplir des actes techniques, comme les empreintes ou la finition des couleurs. Mais l’équipe d’Anne-Marie en profite aussi pour réaliser en leur présence nombre d’étapes qui pourraient pourtant se faire en leur absence. « La confiance naît aussi dans ces moments-là. Et, avec elle, l’acceptation », souligne notre experte. Ce temps partagé permet de consolider le trio singulier que forment l’épithésiste, le patient et l’épithèse elle-même.

Anne-Marie se souvient ainsi d’une jeune patiente, habitant dans le Nord, qui ne pouvait multiplier les allers-retours. « Nous avons presque tout réalisé sans elle. Le résultat était techniquement parfait, et pourtant… elle a complètement rejeté son épithèse. Participer progressivement aux différentes étapes de sa conception lui aurait peut-être donné le temps de s’y habituer et de l’accepter. »

Se sentir enfin complète

Michèle retire avec délicatesse l’épithèse qui couvre une grande partie de la cavité orbitaire gauche de Marie-Jeanne ainsi que le côté de son nez, où subsiste une ouverture vers le sinus. Elle vérifie que les implants sont bien positionnés, une étape essentielle avant d’aboutir à l’épithèse définitive, que Marie-Jeanne espère « pour Noël ! », après quatre années très difficiles.

Opérée à plusieurs reprises pour un cancer ORL, après sept chimiothérapies et trente-cinq séances de radiothérapie, elle finit par se résoudre à l’ablation totale de son œil gauche, sachant qu’elle pourra porter une épithèse une fois les chairs cicatrisées.

Mais, au réveil du bloc, surprise : « Ma chirurgienne arrive dans la chambre et me dit : “Vous êtes-vous regardée ? – Ah non !” je réponds. J’avais peur… Alors elle saisit un miroir et me dit : “Vous êtes prête ?” Et là, j’avais un œil ! J’étais bien… » Anne-Marie avait en effet préparé une épithèse dite peropératoire, c’est-à-dire une prothèse provisoire, mais tout à fait convaincante.

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Anne-Marie crée depuis 1985 des épithèses en silicone. Au seuil de la retraite, elle innove toujours, afin que ses créations soient aussi souples que la peau et parfaitement mimétiques. L’œil gauche de Marie-Jeanne en est un parfait exemple. Photo : Anne-Charlotte Compon

 

Logiciel et impression 3D

Une première pour un œil, tentée après plusieurs succès avec des épithèses nasales. Anne-Marie, sans certitude de réussite, n’avait pas prévenu sa patiente pour lui éviter une éventuelle déception. « Je me sens complète avec mon épithèse, même provisoire », confie Marie-Jeanne, que Michèle conduit maintenant jusqu’au scanner surfacique.

Capté en 3D sous tous les angles possibles, son visage apparaît sur l’écran. « Souriez ! Maintenant, faites la tête ! » demande Anne-Marie, qui doit s’assurer que l’épithèse suivra les mille et une mimiques de sa patiente et surtout qu’elle fusionnera parfaitement avec l’impression dominante de son visage.

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Une fois le scan 3D retravaillé par Floraine, Anne-Marie utilise un logiciel lui permettant de sélectionner la partie du visage qui sera imprimé en 3D. Ce travail servira à l’impression 3D du visage de Marie-Jeanne. Photo : Anne-Charlotte Compan

Ce scanner permet aussi d’avoir une vision de la future épithèse avec l’œil ouvert, chose impossible à obtenir quand on réalise une empreinte traditionnelle en plâtre. Retouches sur le logiciel et lancement de l’impression 3D terminés, Michèle et Anne-Marie s’affairent à la préparation de l’empreinte.

Cinquante nuances de peau

Une forte odeur mentholée se dégage de l’alginate, une pâte rose à l’aspect de bubble-gum obtenue à partir d’algues. Sa pose ne prend que quelques instants, et Marie-Jeanne la supporte très bien. « C’est terminé pour aujourd’hui ! » lui annonce Michèle.

La suite ? La sculpture en Plastiline de l’épithèse, la réalisation du moule, le choix des différentes teintes des silicones, qui seront imprégnés de pigments, l’application couche par couche de ces silicones de différentes souplesses dans le moule, la cuisson puis les finitions et l’ajustage sur la patiente…

Autant d’étapes clés avant la dernière : la remise de l’épithèse définitive. « C’est un moment de grande émotion », confirment Anne-Marie et Michèle. « Parfois, face au miroir, le patient reste interdit quelques secondes, poursuit Michèle. Alors on lui demande si tout va bien, et la réponse nous fait souvent sourire : “Il faut vraiment que j’aille chez le coiffeur !” Quand il ne voit plus l’épithèse, nous avons réussi ! »

« C’est presque du pointillisme »

Voilà maintenant deux ans que Gaëlle a reçu son épithèse définitive. Cette longiligne blonde aux yeux très doux, maman de deux enfants de 11 et 13 ans, revient aujourd’hui pour préparer sa deuxième épithèse, car avec le temps le silicone se dégrade.

« En 2019, une semaine avant mes 40 ans, j’ai appris que j’avais un cancer des glandes salivaires. Il a récidivé en 2021, et la chirurgienne a dû retirer toute l’oreille », explique-t-elle. Elle assume désormais son épithèse et ose même y mettre des boucles d’oreilles : « C’est très facile de les piquer dans le silicone, Anne-Marie m’a montré comment faire. »

Des boîtes de pigments rouges, bleus, jaunes… sont disposées au mur. Et, tandis que Michèle prépare un nuancier sur mesure pour la prothèse de Gaëlle, Floraine, en cours de formation pour seconder Michèle, intègre déjà à l’aide d’un laminoir des pigments textiles spécifiques dans la masse de silicone – c’est le flocage. Il apporte de la texture au silicone, sans en impacter la précieuse translucidité.

C’est cette imprégnation de la couleur dans la masse qui assure à la prothèse sa durabilité et sa résistance aux UV. Au pinceau, Michèle travaille maintenant la couleur couche après couche sur le moule en creux : « C’est comme des touches impressionnistes, presque du pointillisme. »

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Les épithèses actuelles sont généralement fixées par des aimants via des piliers transcutanés et des implants installés dans l’os par un chirurgien. Une technique qu’Anne-Marie a découverte en Suède auprès du Pr Per-Ingvar Brånemark. Les patients sont ainsi assurés que leur prothèse ne va ni tomber, ni bouger. Photo : Anne-Charlotte Compon

« Je peux même nager avec ! »

Dans un fascinant ballet, Michèle s’approche du modèle, revient au moule, compare, demande à Anne-Marie son avis… Il faut réussir à trouver les teintes exactes, reproduire le bleu des veinules sous la peau, les taches de rousseur ou encore les ombres qui traduisent les creux de l’oreille.

Quarante-cinq minutes plus tard, la précieuse épithèse est portée dans son moule à la cuisson, sous les yeux ravis de Gaëlle. « Quand j’ai découvert la possibilité d’avoir une épithèse, j’ai trouvé ça tellement bluffant ! Je peux même nager avec ! Chez moi je ne la porte pas, j’ai envie d’être moi. J’aimerais que ce soit socialement acceptable d’avoir une différence, mais, pour l’heure, ce n’est pas le cas. »

Une surveillance facilitée

Autre avantage non négligeable de cette technique par rapport à la chirurgie reconstructrice : la surveillance. « Il suffit de retirer l’épithèse pour vérifier que tout va bien, qu’il n’y a pas de récidive », précise Anne-Marie. Quand le jour décline dans l’atelier, seul le travail sur ordinateur reste possible. La lumière des plafonniers « écrase les nuances », explique Michèle.

Derrière elle s’alignent sur les rayons d’une grande bibliothèque les impressions 3D, tels les témoins des mille histoires entendues et réparées ici. Sur l’étagère du bas, un ouvrage sur les « gueules cassées » de la Grande Guerre – premiers patients à porter des masques prothétiques, prémices des épithèses actuelles – côtoie un autre livre, dont le titre illustre à la perfection ce qui se joue ici : L’Identité retrouvée.

Anne-Marie Riedinger, une pionnière française

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Photo : Anne-Charlotte Compan

Diplômée de l’École supérieure des arts décoratifs de Strasbourg, Anne-Marie Riedinger est d’abord illustratrice médicale : elle réalise des croquis d’intervention chirurgicale qui permettent aux soignants de visualiser clairement les détails de l’anatomie humaine.

Au début des années 1980, elle part aux États-Unis et intègre le désormais prestigieux Master of Science in Biomedical Visualization au sein de l’université de l’Illinois (UIC), à Chicago. À l’époque, on y forme les premiers medical artists, spécialisés en anaplastologie, l’art de l’épithèse.

Sa technique, Anne-Marie la perfectionne ensuite auprès de Gillian Duncan, une Américaine renommée en la matière, avant de fonder, en 1985, le Centre d’épithèses faciales, à Strasbourg.

 

Par Cécile Blaize et Laure Marescaux

Retrouvez cet article dans le Rose magazine n°28


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