AVANT DE LIRE CET ARTICLE
Les résultats présentés dans cet article sont issus d’essais cliniques. Les traitements qui y sont présentés ne sont pas nécessairement accessibles aujourd’hui en France. Pour connaître les situations dans lesquelles ce traitement peut être prescrit, n’hésitez pas à interroger votre médecin.
Les cancers du poumon se divisent en deux grandes familles : les cancers « non à petites cellules », les plus fréquents, et les cancers « à petites cellules », plus rares mais très agressifs. Dans les deux cas, les progrès récents reposent sur la même idée : mieux connaître la tumeur pour la traiter au bon moment, avec le bon médicament. C’est ce que montrent les trois grandes avancées de cet ESMO, décryptées par le Pr Nicolas Girard, chef du département d’oncologie médicale de l’Institut Curie (Paris).
Anti-MET : traiter la résistance de la tumeur au moment où elle apparaît
La situation actuelle
Environ 10 à 15 % des cancers du poumon non à petites cellules présentent une mutation du gène de l’EGFR. Pour la bloquer, les oncologues disposent de thérapies ciblées anti-EGFR comme l’osimertinib (Tagrisso®). Mais avec le temps, ces traitements perdent de leur efficacité et la tumeur se remet à progresser. Dans un tiers des cas environ, cette résistance au traitement est causée par une altération du gène MET.
La nouvelle approche
Jusqu’à présent, en cas de rechute sous anti-EGFR, les patients recevaient une chimiothérapie.
L’idée est désormais de réaliser une nouvelle biopsie pour vérifier si la tumeur présente une altération du gène MET. Si c’est le cas, on associe le traitement initial par anti-EGFR à une thérapie ciblée anti-MET.
Les résultats
Cette approche a été testée avec succès dans l’étude SAFFRON¹ chez des patients avec un cancer métastatique, en combinant l’osimertinib à l’anti-MET savolitinib. « Ce traitement améliore grandement la survie des patients, confirme le Pr Girard. Il est par ailleurs globalement bien toléré et surtout très adapté : on est vraiment dans de la médecine personnalisée. Cela nous permet de se réserver l’option de la chimiothérapie pour plus tard. »
Tarlatamab : intervenir avant la rechute dans le cancer du poumon à petites cellules
La situation actuelle
Parce qu’il est particulièrement aggressif, le cancer du poumon à petites cellules répond bien à la chimiothérapie. Malgré tout, les rechutes sont très fréquentes.
Lorsque le cancer récidive, les oncologues ont alors recours au tarlatamab : un anticorps capable se fixer à la fois :
- à la tumeur grâce à son bras spécifique à la protéine DLL3 présente à la surface des cellules tumorales, et
- aux cellules du système immunitaire grâce à son bras spécifique à la protéine CD3 des lymphocytes T.
Il rapproche ainsi les défenses du patient de la tumeur pour favoriser leur destruction.
La nouvelle approche
Jusqu’à présent, les oncologues attendaient que le cancer reprenne sa progression, après la chimiothérapie, avant de donner le tarlatamab.
L’idée est de proposer dorénavant le tarlatamab juste après la chimiothérapie, avant même que la maladie ne montre des signes de récidive.
Les résultats
Cette stratégie a été testée avec succès dans l’étude DeLLphi2 chez des patients avec un cancer métastatique. « Proposer ce traitement plus tôt permet d’en faire bénéficier des patients dont l’état de santé se serait trop dégradé si on avait attendu plus longtemps, explique le Pr Girard. Le tarlatamab parvient ainsi à doubler leur espérance de vie. »
Divarasib : un nouvel anti-KRAS plus efficace et mieux toléré
La situation actuelle
La mutation KRAS (et notamment la sous-mutation G12C) fait partie des altérations génétiques fréquemment retrouvées dans le cancer du poumon. Des thérapies ciblant cette mutation, comme le sotorasib (Lumyrakas®), ont été développées. Les autorités de santé françaises ont toutefois considéré qu’elles n’apportaient aucun progrès thérapeutique par rapport au traitement actuel par chimiothérapie.

À LIRE AUSSI : Pourquoi le Lumykras n’est-il pas disponible en France alors que d’autres patients européens y ont accès ? On vous explique tout dans notre article « Accès aux nouveaux traitements contre le cancer : la France décroche ».
La nouvelle approche
Pour dépasser les limites des premières thérapies ciblées, la recherche s’est orientée vers le développement de nouvelles molécules conçues pour se fixer plus fortement et plus spécifiquement sur la mutation de KRAS.
Les résultats
L’essai KRASCENDO3 a comparé l’anti-KRAS nouvelle génération divarasib aux anti-KRAS actuels, chez des patients atteints d’un cancer métastatique ayant progressé malgré plusieurs lignes de traitements. Résultat : une espérance de vie allongée et une meilleure tolérance. « Ces résultats sont importants dans une situation dans laquelle il n’y a pas d’option de traitement en France » conclut le Pr Girard.
Merci au Pr Nicolas Girard pour sa collaboration dans l’écriture de cet article.
POUR ALLER PLUS LOIN : Suivez les dernières avancées et les essais cliniques en cours sur le cancer du poumon.
RÉFÉRENCE DES ÉTUDES CITÉES DANS L’ARTICLE
1. Étude SAFFRON. Lu S et al. Osimertinib plus savolitinib versus platinum-pemetrexed in EGFR-mutated, MET-overexpressed and/or -amplified advanced NSCLC after osimertinib: SAFFRON phase 3 primary results. N Engl J Med, 2026.
2. Étude DeLLphi. Sands J et al. Tarlatamab plus durvalumab maintenance in extensive-stage small-cell lung cancer. N Engl J Med, 2026.
3. Étude KRASCENDO-1. Skoulidis F et al. Divarasib as compared with sotorasib or adagrasib in KRAS G12C–mutated NSCLC. N Engl J Med, 2026.