ESMO2021. Le point sur les avancées dans le cancer du sein

Comme chaque année, le congrès européen de cancérologie de l’ESMO a été l’occasion de présenter les dernières avancées dans le domaine du cancer du sein. Pour cette édition 2021, les principaux sous-types sont concernés : triple négatifs, HER2+ et hormonodépendants. On fait le point avec le Dr Tredan, coordonnateur du Département de cancérologie médicale au centre Léon Bérard (Lyon).

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Cette année, les innovations thérapeutiques présentées à l’ESMO concernent tous les sous-types de cancer du sein. Commençons par l’un des plus agressifs : le cancer du sein triple négatif…

Dr Olivier Tredan : Dans le cancer du sein triple négatif en condition métastatique, nous avons eu les résultats en survie globale de l’étude Keynote355. Elle montre que l’utilisation du Pembrolizumab, une immunothérapie, en première ligne de traitement a un réel bénéfice chez les patients dont la tumeur exprime le marqueur PDL1. On passe de 16 mois de médiane1 de survie à 23 mois avec ce traitement. Le risque de décès est diminué de 27%. C’est une vraie différence.

Ces résultats vont-ils changer la pratique clinique ?

Tout à fait. Sept mois de bénéfice en survie, c’est considérable. Ça va donc devenir un nouveau standard de traitement. Dorénavant, il faudra rechercher systématiquement le PDL-1 à la surface des tumeurs et proposer le pembrolizumab dès la première ligne si ce marqueur est présent.

Les patientes françaises pourront certainement y avoir accès rapidement. Probablement d’ici la fin de l’année. C’est une bonne nouvelle après le retrait de l’accès à l’Atezolizumab, nous allons à nouveau pouvoir proposer une immunothérapie à certaines femmes atteintes d’un cancer triple négatif métastatique.

Il y a également eu une annonce importante dans le cancer du sein HER2+ métastatique…

Oui, il s’agit de l’étude Destiny03 qui teste le Trastuzumab Deruxtecan2 chez des patientes HER2+ en condition métastatique dont la maladie a progressé après une première ligne de traitement. Les résultats montrent que ce traitement améliore de manière extrêmement significative la survie sans reprogression avec une réduction du risque de 72%. À un an, la survie sans reprogression est de 34% chez les patients ayant reçu le traitement standard3 et de 75% chez les patients sous Trastuzumab Deruxtecan.

Là encore, ces résultats vont avoir des répercussions sur la prise en charge des patientes ?

Oui, avec des résultats aussi spectaculaires, ça va devenir le nouveau standard de traitement en 2ème ligne. Nous n’avons pas encore de résultats matures en survie globale mais on peut s’attendre à ce que ce traitement permette aux femmes de survivre plus de 5 ans malgré leurs métastases.

Qu’en est-il des cancers hormonodépendants ?

Il y a également eu une annonce importante avec la présentation de l’étude Monaleesa-2. Cet essai évalue un inhibiteur de CDK4/6, le Ribociclib, chez des patientes post-ménopausées avec un cancer hormonosensible.

Les données montrent que, quand ces patientes rechutent après une hormonothérapie adjuvante4 ou sont diagnostiquées d’emblée au stade métastatique, le fait de leur donner du Ribociclib en plus d’une hormonothérapie permet d’augmenter leur survie globale. Et de manière importante : la médiane1 de survie globale dépasse les 5 ans !

Ces résultats permettent de conclure définitivement que les inhibiteurs de CDK4/6 sont un standard de traitement et ce, dès la première ligne à partir du moment où on voit apparaître des métastases.

Propos recueillis par Emilie Groyer

1. Délai dans lequel la moitié des individus d’un échantillon sont décédés, l’autre moitié étant encore vivante. Ainsi une survie médiane à 5 ans signifie que la moitié des patients traités sont encore en vie à 5 ans.

2. Le Trastuzumab Deruxtecan conjugue une molécule capable d’empêcher la division des cellules tumorales appelée inhibiteur de topo-isomérase 1 (le Deruxtecan) à un anticorps (le Trastuzumab) ciblant le marqueur HER2 présent à la surface des tumeurs.

2. Dans cette étude, le traitement standard est le Trastuzumab Emtansine qui conjugue une autre molécule cytotoxique (l’Emtansine, un inhibiteur de microtubules) au même anticorps, le Trastuzumab.

4. Les traitements adjuvants sont destinés à réduire le risque de récidive.