Cancer du poumon non à petites cellules : une immunothérapie augmente la survie des malades

Grâce au pembrolizumab, un anticorps anti-PD1, 18% des patients touchés par le cancer du poumon non à petites cellules de stade avancé sont encore en vie après 5 ans.

Edward B. Garon présente les résultats de l'étude KEYNOTE-001 à la conférence de presse de l'ASCO - roseup association
Edward B. Garon présente les résultats de l'étude KEYNOTE-001 à la conférence de presse de l'ASCO

Les résultats de l’étude de phase I KEYNOTE-001 font dores et déjà partie des grandes annonces de l’ASCO 2019, le plus important congrès de cancérologie au monde : le pembrolizumab (ou Keytruda) permet d’augmenter la survie des patients touchés par un cancer du poumon non à petites cellules (CPNAPC) de stade avancé ou métastatique.

Cet anticorps, dirigé contre le récepteur PD1 (voir encart), a été administré par voie intraveineuse toutes les 3 semaines à 550 patients atteints de CPNAPC dont la tumeur exprimait le marqueur PDL1. Parmi ces malades, 101 n’avaient encore reçu aucun traitement. Cinq après le début de l’immunothérapie, 18% des patients sont encore en vie (23,2% parmi les patients n’ayant reçu aucun autre traitement, 15,5% parmi les patients traités au préalable). Les chercheurs ont aussi observé que la survie était d’autant plus importante que le nombre de cellules tumorales exprimant PDL1 était élevé. Des effets secondaires ont été notés chez 17% des patients. Il s’agit dans la plupart des cas d’une hypothyroïdie résultant d’une attaque du système immunitaire contre la glande thyroïde. La pneumonie est l’effet indésirable le plus sévère observé mais sa survenue reste rare.

Des résultats notables pour un cancer dont la survie à 5 ans se situe autour de 5% avec le traitement standard de chimiothérapie dont se réjouit le Dr Edward B Garon, professeur de médecine à l’Université de Californie (UCLA) et responsable de l’étude : « Le fait que nous avons des patients dans cet essai qui sont encore en vie après 7 ans est assez remarquable. Nos résultats suggèrent aussi que la plupart des patients qui vont bien après 2 ans sous pembrolizumab, survivent 5 ans voire au-delà. »

PDL1/PDL1, KESAKO ?

Pour comprendre ce qui se cache derrière ces acronymes barbares, il faut comprendre comment fonctionne le système immunitaire.

Notre organisme est parcouru de cellules dont le rôle est d’éliminer les bactéries, les cellules infectées par des virus ou encore les cellules anormales comme les tumeurs. Ces cellules, qui jouent le rôle de « gendarmes », ce sont les lymphocytes T. Quand ils rencontrent leur cible, ils s’activent et la détruisent.

Pour éviter que ces « gendarmes » ne s’activent à tout bout de champ et ne se mettent à s’attaquer à des cellules saines – et qu’ils ne provoquent des maladies auto-immunes, par exemple – les lymphocytes T sont munis d’une sorte de garde-fou, un cadenas. Quand celui-ci est verrouillé par la bonne clé, le lymphocyte T ne peut plus s’activer.

Malheureusement, cette clé, certaines cellules tumorales la possèdent et sont ainsi capables d’empêcher les lymphocytes de s’attaquer à elles.

Le cadenas, c’est PD1. La clé, c’est PDL1.

Pour empêcher que les cellules tumorales ne « cadenassent » les lymphocytes qui cherchent à les détruire, les scientifiques ont développé des molécules, des anticorps, capables de se fixer spécifiquement sur le PD1 (les anti-PD1 comme le pembrolizumab). La clé ne peut ainsi plus rentrer dans la serrure du cadenas et les lymphocytes peuvent à nouveau assurer leur rôle : éliminer la tumeur.

Emilie Groyer