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Ça m’énerve ! : « À quand la prise en charge des séquelles intimes ? »

{{ config.mag.article.published }} 11 septembre 2025

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Illustration : Claudia Amaral

Spécialiste de gynécologie obstétrique, le Pr Pierre Marès travaille depuis plusieurs années sur des méthodes thérapeutiques destinées à soulager les séquelles intimes dont souffrent nombre de femmes, notamment celles traitées pour un cancer.

Alors que l’on vit désormais de plus en plus avec et après un cancer, il est inconcevable qu’on ne se préoccupe pas – ou se préoccupe mal – des séquelles des traitements. En particulier quand ces séquelles intimes touchent à la santé sexuelle des femmes.

Ce n’est pas de la bonne médecine. C’est même de la maltraitance !

L’enquête menée en 2020 avec l’association Seintinelles auprès de femmes qui ont eu un cancer du sein hormonosensible et qui prennent ou ont pris un traitement d’hormonothérapie donne la mesure du problème.

Des symptômes intimes présents chez la quasi-totalité des femmes après un cancer du sein

La quasi-totalité de celles qui ont répondu (96 %) souffre au moins d’une manifestation de ce qu’on appelle le syndrome génito-­urinaire de la ménopause (SGUM) ; 68 % se plaignent en premier lieu de symptômes gynécologiques vulvo-vaginaux : sécheresse, diminution du désir, douleurs lors des rapports sexuels.

Ayant pour effet de bloquer la production d’hormones féminines chez ces femmes, ce traitement doit permettre d’éviter une récidive du cancer. Seulement, il se trouve que tous les tissus du corps féminins sont sensibles aux hormones – et à leur suppression –, et particulièrement les muqueuses.

Les chimiothérapies et radiothérapies, qui peuvent être prescrites quel que soit le type de cancer, sont, elles aussi, agressives pour l’ensemble des tissus, muqueuses intimes comprises. Tout cela pourrit la vie des femmes et rend la reprise d’une vie « normale » impossible.

Sans parler de l’indispensable activité physique, que l’on conseille pourtant à toutes : allez faire du vélo ou un footing avec des douleurs (irritations, brûlures) à l’entrejambe ! Pourquoi n’en parle-t-on pas avec ces femmes ? Est-ce parce que leurs séquelles ne se voient pas, et sont intimes ?

Contre les séquelles intimes du cancer, des solutions existent

On dispose pourtant aujourd’hui d’une panoplie de solutions. On peut parfois proposer des œstrogènes locaux. Si contre-indication il y a, on peut associer des crèmes topiques locales, à base d’acide hyaluronique et de lactobacilles, à des traitements physiques comme la photobiomodulation, la radiofréquence ou le laser.

Cela donne d’excellents résultats. Surtout si on commence avant les traitements du cancer, en prévention des lésions les plus graves. Encore faut-il aborder le sujet ! C’est le cas, déjà, dans les consultations de préchimio à Nîmes, à Toulouse ou encore à Marseille, particulièrement auprès des femmes de plus de 50 ans, qui sont en péri- ou post-ménopause

Une absence de remboursement pour les traitements féminins

Mais il faudrait aussi que tous ces traitements soient remboursés ! Il y a des années que je me bats, auprès de la Sécurité sociale comme des mutuelles, pour essayer d’obtenir un panier de soins à 1 000 euros par an. Cette somme suffirait à couvrir le recours à ces traitements post-cancer essentiels. Leur prise en charge coûterait bien moins cher que ce qu’il nous coûte d’assommer la souffrance des femmes à coups d’antidépresseurs et d’anxiolytiques.

Les hommes, eux, ont droit à la prise en charge des troubles de l’érection après un cancer de la prostate. Dans une société qui prône l’égalité, la situation des femmes reste injuste et inadmissible !

MILITANT DE LA CAUSE DES FEMMES

Spécialiste de gynécologie obstétrique au CHU de Nîmes et à l’hôpital Foch,  en région parisienne, professeur émérite  à la faculté de médecine de Montpellier-Nîmes, le Pr  Pierre Marès travaille depuis plusieurs années, avec son équipe, sur des méthodes thérapeutiques innovantes destinées à soulager les douleurs pelviennes dont souffrent de nombreuses femmes à tout âge. Ses derniers travaux, consacrés à la prise en charge des troubles vulvo-vaginaux liés aux traitements du cancer, ont été publiés en septembre 2023 dans
le Bulletin du cancer.

Pr Pierre Marès

Retrouvez cet article dans Rose magazine n°27


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