Le neurofeedback dynamique : un nouvel outil pour soulager les malades de cancer ?

Le neurofeedback dynamique permettrait d'entraîner son cerveau à fonctionner de façon optimale et ce, sans rien faire. Cette méthode, inspirée du neurofeedback clinique qui commence à faire ses preuves dans les troubles de l'attention, fait son entrée en oncologie pour soulager anxiété, douleurs et insomnie. Sur quelle principe repose-t-elle ? Est-elle efficace ? On a enquêté.

J’ai vécu une renaissance.” C’est ce que ressent aujourd’hui Lana1 après quelques séances de neurofeedback dynamique. La jeune femme a été touchée d’un cancer du sein en 2015. Malgré sa guérison, la maladie a laissé une marque durable dans sa vie : “J’étais bourrée d’angoisse, je ne dormais plus. J’étais très fatiguée et pourtant je n’arrivais pas à faire une sieste. Je ne supportais même plus le bruit que faisaient mes enfants. Je passais mon temps à crier. J’étais à bout. J’avais tout simplement du mal à vivre.” Lana est sous hormonothérapie et souffre de ses effets secondaires : bouffées de chaleur, douleur… Elle envisage d’abandonner le traitement pourtant destiné à lui éviter une récidive. Elle en parle à son oncologue qui lui conseille de suivre un programme de soins personnalisé proposé par un centre d’accompagnement à l’après cancer.

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Le neurofeedback dynamique, un miroir face au cerveau

On m’a dit que j’allais faire du neurofeedback dynamique. Je n’avais aucune idée de ce que c’était. Je pensais au début que c’était pour travailler ma mémoire” confie Lana. Première séance : la thérapeute lui pose une série de questions sur son état puis l’installe dans un siège confortable. “Elle m’a mis des capteurs sur les oreilles et sur le crâne, et m’a fait écouter une musique. De temps en temps, la musique se coupait brièvement et reprenait. Ça a duré environ 30 minutes.

Le dispositif de Neurofeedback dynamique proposé par NeurOptimal comprend 4 capteurs : 2 sont placés au niveau du lobe des oreilles, les 2 autres sur le crâne.

Ces microcoupures n’ont rien d’aléatoire : “Les capteurs mesurent un résumé de l’activité cérébrale, explique Emmanuelle Taieb, coach et formatrice en neurofeedback2. Ils envoient l’information à un ordinateur qui, grâce à un algorithme, va se caler sur la façon dont fonctionne le cerveau de la personne à un instant t. Ça détermine une moyenne du fonctionnement on va dire « optimal » du cerveau. À chaque fois que le dispositif détecte un changement brusque dans ce « fonctionnement optimal », il crée une microcoupure de son : c’est le feedback ou retour d’information. Le cerveau réagit à cette interruption et se réoriente vers son activité optimale. C’est comme si on lui mettait un miroir en face de lui : on ne lui dit pas ce qu’il doit faire, on lui donne juste une information.

Une technique non encadrée…

Le système serait donc sans danger selon la coach. Elle fait toutefois très attention aux termes qu’elle emploie. “Il ne s’agit pas d’un traitement médical mais d’un entrainement cérébral. Pour ne pas qu’il ait de confusion, on parle de capteur et non pas d’électrode. Nous n’avons pas de patients mais des clients. On ne parle pas non plus de praticien mais de coach ou de procureur de bien être”, précise Emmanuelle Taieb. Pour devenir “coach” en neurofeedback dynamique, une simple formation de 2 jours suffit. Le temps nécessaire pour savoir utiliser l’appareil. Rien de plus. “N’importe qui peut acheter la machine, reconnaît Emmanuelle Taieb. La machine ne peut pas faire de mal mais c’est le discours autour qui peut être dangereux.” Et la formatrice veille à ce que ses élèves respectent ses consignes : “Je vérifie que ceux qui ont suivi ma formation sont dans la bonne optique surtout face à des gens qui souffrent. Je recadre au besoin.

Qui s’inspire du neurofeedback clinique…

La pratique n’étant pas encadrée, des dérives sont possibles. Le neurofeedback dynamique n’a d’ailleurs pas encore démontré son efficacité. Son principe repose sur une technique qui se développe actuellement en clinique et qui commence à montrer des résultats dans les troubles déficitaires de l’attention. “En neurofeedback clinique, on entraine les personnes à moduler de manière volontaire certains rythmes cérébraux pour corriger un trouble, explique le Dr Camile Jeunet, chargée de recherche au laboratoire du CNRS Cognition Langue Langages Ergonomie. Par exemple, dans le cas d’un trouble de l’attention, on va entrainer les malades à moduler le rythme alpha qui serait lié à l’attention. On espère ainsi que leurs capacités attentionnelles seront améliorées.

Pour chaque trouble, il est donc nécessaire d’identifier un rythme cérébral associé. Mais aussi, de localiser la zone du cerveau où sont générés ces rythmes pour savoir où positionner, au niveau du crâne, les électrodes qui seront capables de mesurer leur signal. Et enfin, de restituer visuellement au malade l’enregistrement en temps réel des variations de ce signal. “La restitution peut prendre différentes formes : on peut présenter le signal sous la forme d’une montgolfière qui monte quand le signal augmente, et qui descend quand le signal diminue, par exemple…” explique le Dr Thomas Fovet, psychiatre au CHU de Lille et spécialiste du neurofeedback clinique. Le patient peut alors volontairement moduler le signal associé à son trouble, simplement en pensant à faire descendre ou monter la représentation visuelle.

Les variations des signaux cérébraux sont restitués visuellement au patient. Ici une montgolfière s’élève lorsque le signal augmente. En contrôlant les mouvements de la montgolfière, le patient apprend à moduler consciemment les signaux de son cerveau. Séance de neurofeedback à la Pitié-Salpêtrière. Crédits : Radio France

Par exemple, chez un patient souffrant de troubles de l’attention, on placera des électrodes au niveau de son occiput, région où sont générés les rythmes alpha liés à l’attention. On lui demandera ensuite de regarder un écran sur lequel une montgolfière reflète le signal de ces rythmes et d’imaginer qu’elle s’élève. Le patient apprend ainsi consciemment à augmenter ses rythmes alpha et, théoriquement, à améliorer son attention.

Sans en respecter les codes

Bien que certaines études montrent son impact sur la fatigue, la douleur ou encore l’anxiété des malades de cancer, le neurofeedback clinique reste controversé. “Certains chercheurs pensent qu’il ne s’agit que d’un effet placebo, explique le Dr Fovet. Mais ce qu’il faut retenir c’est que son principe est intéressant parce que ce n’est pas invasif et parce qu’au-delà de l’effet spécifique, il y a un effet générique sur le fait de reprendre un contrôle volontaire. C’est la notion d’empowerment : retrouver un sentiment d’auto-efficacité sur certains symptômes. C’est la grande force du neurofeedback clinique.

Si le neurofeedback dynamique s’inspire du neurofeedback clinique, il n’en respecte toutefois pas tous les codes comme le pointe le Dr Fovet : “Le neurofeedback dynamique est une boite noire. On ne connaît pas le signal ciblé, on ne sait pas si les capteurs utilisés sont capables de le mesurer convenablement. Et surtout, la personne est passive alors que le grand principe du neurofeedback c’est justement que la personne apprend activement à contrôler l’activité de son cerveau.” Pourrait-il quand même être efficace ? “La séance de neurofeedback dynamique ressemble beaucoup à une méthode de méditation. Or on sait que les méditants sont capables de moduler leur rythme alpha donc on peut imaginer que son effet passe par là », tente d’expliquer le Dr Camille Jeunet. “De toute évidence, cela fonctionne bien chez certaines personnes. Il ne fait pas avoir de vision sectaire” conclut le Dr Fovet.

Un bénéfice pourtant notable chez certains malades

Effet placebo ou pas, l’état de Lana ne tarde pas à s’améliorer. “Ma coach m’a demandé de la tenir au courant de l’évolution de mes symptômes alors je me suis mise à tout noter sur des post-it.” Dans les premiers jours, sur les bouts de papier, on peut lire : “Je dors comme un gros bébé”, “Je rêve à nouveau”, “J’arrive à faire des siestes.” Puis, au bout de 3 séances, les messages se diversifient : “Je n’ai plus de douleurs”, “J’arrive à prendre du recul”, “Je ne me mets plus en colère”, “Je n’ai plus envie de grignoter”… La transformation de la jeune femme ne repose sans doute pas uniquement sur ces quelques séances mais elle agit comme un déclic : “J’étais suivie par une psychologue mais j’ai l’impression que tout le travail que j’avais fait avec elle se mettait en place.” Aujourd’hui, Lana ne ressent plus le besoin d’être accompagnée. “En fait, je suis moi-même mais en mieux. Parce que j’ai intégré tous ces moments difficiles comme des leçons de vie. Les choses qui s’étaient éteintes, ce sont rallumées.

Emilie Groyer

  1. Le prénom a été changé
  2. Emmanuelle Taieb est décédé avant la parution de cet article