Observée partout dans le monde, la croissance du nombre de cas de cancer du sein est très préoccupante. Particulièrement en France. C’est ici, et nulle part ailleurs sur la planète, que les femmes ont le plus grand risque d’être touchées par ce cancer, y compris les femmes de moins de 50 ans (1 cas sur 5). Et les Françaises enceintes touchées par cette maladie se multiplient.
Cela démontre que la seule explication de ce phénomène par le vieillissement et « le surdépistage » n’est pas recevable. Il est donc peut-être temps de revoir la stratégie de lutte contre cette maladie. Car force est de constater que l’accent mis sur le dépistage ne suffit pas.
Pourquoi ? Parce que l’on n’agit pas en amont, sur les causes. Si environ 10 % de ces cancers sont dus à des causes génétiques héréditaires, quid des 90 % restants ? C’est l’environnement, au sens large du mot, qui est en cause dans l’incidence de la maladie.

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Chasser les perturbateurs endocriniens
En agissant sur les causes environnementales déjà identifiées, il serait donc possible de commencer à réduire l’incidence des cancers. Parmi ces causes, la pollution chimique reste encore largement sous-estimée. Mais on en connaît les grandes sources, très présentes dans notre vie quotidienne : les perturbateurs endocriniens, que l’on retrouve dans les plastiques, les cosmétiques, l’alimentation ultratransformée.
Les études épidémiologiques et expérimentales ont montré qu’une exposition à ces perturbateurs pendant la grossesse d’une mère pouvait induire une augmentation du risque de cancer du sein chez sa fille devenue adulte. Il faut aussi attirer l’attention sur un autre impact, souligné par une littérature scientifique solide : une efficacité des chimiothérapies diminuée de façon significative par la contamination des patientes à des substances comme les phtalates, les bisphénols et les parabènes.
Agir sur les causes de cancer
Il y a là un levier d’action tout trouvé. D’abord en raison de la très large utilisation de ces substances, qui entraîne une contamination générale de la population ; mais aussi en raison de leur caractéristique principale, selon laquelle l’organisme humain les élimine naturellement et quotidiennement. Viser leur élimination de notre environnement doit devenir une priorité de santé publique !
Et c’est parfaitement possible. Prenons un exemple concret : les sols en PVC – que l’on trouve partout, dans les écoles, les usines, les supermarchés, les hôpitaux… – sont composés, parfois jusqu’à 40 %, de phtalates. Les interdire serait du bon sens, et les remplacer ne présente pas de difficulté, puisque les alternatives existent déjà sur le marché (parquets, carrelage).

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Un nouvel Octobre rose
Avec la disparition de ces substances – responsables aussi d’autres atteintes à la santé, notamment chez l’enfant –, on peut s’attendre à des gains pour la santé humaine qui se verraient non pas dans cent ou même cinquante ans, mais beaucoup plus rapidement.
J’appelle donc à un nouvel Octobre rose. Continuons à parler de dépistage pour lutter contre le cancer du sein, mais parlons aussi de ses causes environnementales évitables !
LANCEUR D’ALERTE
André Cicolella a cofondé, en 2009, Réseau environnement santé (RES). Avec cette association, il a notamment obtenu l’interdiction de l’utilisation du bisphénol A dans les biberons. C’était en 2015. En octobre 2024, RES a organisé, à Paris, le colloque « Cancer du sein 2050. Agir sur les causes environnementales de la maladie », dont les actes et vidéos sont à retrouver sur le site de RES et sur YouTube.
Par André Cicolella
Retrouvez cet article dans Rose magazine n°29
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