Face au cancer, le risque de faire une dépression est loin d’être négligeable. On estime qu’elle touche 20 à 30 % des malades, quelle que soit leur pathologie cancéreuse. Ainsi, si l’on considère uniquement les patientes atteintes de cancer du sein, on observe que près de 30 % présentent une dépression clinique à un moment de leur parcours.
Et chez celles touchées par une forme avancée ou métastatique, ce chiffre est encore plus élevé : « il atteint, selon les études, 35 à 40 %. C’est beaucoup plus que dans la population générale », souligne Sophie Lanthaume, oncopsychologue à l’hôpital privé Drôme-Ardèche.
Si le premier diagnostic est en général vécu comme « un tsunami », la rechute métastatique constitue un deuxième séisme encore plus violent « parce qu’elle vient casser l’idée que tout ceci est derrière soi alors qu’on tentait de réintégrer un parcours de vie normal ».
Avec un retour brutal au statut de malade, et surtout de malade qui va devoir accepter de vivre avec un cancer, c’est l’identité même de la personne qui peut se (re)fragiliser.
La récidive tend aussi à réactiver le traumatisme initial comme les souvenirs des traitements, de l’hôpital… et bien sûr la peur de mourir. « Avec, en plus, le sentiment que le temps est compté, et donc une difficulté à se projeter dans l’avenir, complète Sophie Lanthaume. La patiente la ressent souvent comme une nouvelle trahison de son corps, et sa confiance en la médecine peut être ébranlée. »
Dépister la dépression
Cette détresse psychique a des conséquences concrètes : une altération de la qualité de vie avec un stress qui se chronicise, une fatigue plus grande, plus de douleurs… Et surtout, elle est susceptible de favoriser le plus préoccupant des risques : le refus des traitements, avec des suites dramatiques sur l’évolution du cancer et les chances de survie.
Dépister la dépression est donc crucial, et le plus tôt possible. Mais plus facile à dire qu’à faire : « On peut être dépressif sans le savoir, ou sans vouloir le reconnaître, précise notre oncopsychologue. Chez les personnes atteintes de cancer, la dépression est souvent masquée : on attribue tout au cancer ou au traitement en se disant que, avec tout ce qu’on vit, c’est normal d’être fatiguée, triste ou démoralisée. Et quand on apprend à tenir bon en serrant les dents, cela peut durer des mois. » Les proches, l’équipe médicale, les patient(e)s, tout le monde a un rôle à jouer pour lancer l’alerte, ou mettre en place une prise en charge.
Première chose à ne surtout pas négliger : prendre en compte ce qui s’est passé lors du premier cancer. Quand la personne indique qu’elle en est sortie en ayant épuisé toutes ses ressources, il est important de l’entendre.
Ensuite, on sait que le contexte social, familial et économique peut peser lourd. La rechute métastatique est d’autant plus difficile à supporter quand on est géographiquement isolé des lieux de soin et/ou de tout soutien familial, quand elle fait peser un risque de précarité financière et/ou professionnelle, quand elle alourdit la charge mentale liée à la gestion du foyer.
Là, les femmes sont particulièrement exposées car même malades, elles restent majoritairement en charge d’assurer les tâches ménagères et parentales.
Reconnaître les premiers signes de dépression
Enfin, il faut savoir reconnaître les signes annonciateurs de la dépression et qui doivent inquiéter s’ils perdurent au-delà de deux semaines d’affilée : les troubles de l’appétit, du sommeil (insomnie ou à l’inverse hypersomnie), être d’humeur triste la majeure partie de la journée, ne plus ressentir d’intérêt ou de plaisir à faire ce qu’on aimait avant, tel que lire, regarder une série, sortir.
Autres points de vigilance : une tendance à se replier sur soi (moins voir ou moins appeler ses proches, leur laisser moins de messages…), pratiquer l’auto-dévalorisation (répéter qu’on ne sert à rien, que les autres seraient mieux sans nous), manifester une irritabilité inhabituelle, avoir des accès de colère, ou bien encore avoir des pensées répétitives autour de la mort, avoir des idées suicidaires…
« L’important, c’est de ne pas rester seule avec ce que l’on vit, prévient Sophie Lanthaume. Surtout ne pas attendre d’être ‘au fond du trou’ pour demander de l’aide. Si on a la chance d’avoir un(e) proche, ami(e), soignant(e) avec qui l’on peut être authentique, ne pas hésiter à évoquer son mal-être. »
BON À SAVOIR
- Grâce au dispositif « Mon soutien psy« , vous pouvez bénéficier de 12 séances par an chez un psychologue partenaire, et ce, sans prescription médicale préalable. Les séances sont remboursées à 60 % par l’Assurance Maladie et à 40 % par votre complémentaire santé (mutuelle). Pour trouver un professionnel partenaire et consulter les modalités, rendez-vous sur le site monsoutienpsy.ameli.fr.
- Votre mairie ou votre CPAM peuvent aussi vous orienter vers des structures de soutien psy proches de chez vous.
- L’association France dépression est là pour vous informer et vous aider à trouver du soutien.
- La Fondation Arc a publié, en collaboration avec Rose magazine, le livret Prendre soin de sa santé mentale (collection Mieux vivre).
Soigner le cancer et la dépression
Sachez que votre oncologue ou votre médecin traitant peut vous orienter vers un oncopsychologue, un psychiatre, ou une assistante sociale. Aujourd’hui, antidépresseurs ou anxiolytiques ne sont plus les seules options pour se sortir d’une dépression ou éviter d’y sombrer tout à fait.
Mais, une chose reste certaine : lutter contre la maladie psychique demande un surcroît d’énergie quand on affronte en parallèle un cancer. Et plus encore quand ce cancer est métastatique.
À LIRE AUSSI : Sortir du déni, trouver le bon antidépresseur, faire face à une récidive métastatique, recourir à la psychanalyse… Cinq femmes ayant vaincu la dépression témoignent dans notre série Quand la dépression frappe.
Retrouvez-cet article en intégralité dans Rose magazine n°30
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