Traitement lymphome : la révolution des anticorps monoclonaux

Il y a trente ans, on mourait encore trop souvent d’un lymphome. Aujourd’hui, grâce aux progrès des chimiothérapies et des thérapies ciblées, c’est l’un des cancers que l’on sait le mieux guérir.

Traitement lymphome – Anticorps monoclonaux © Sandra Dufour

Grâce à l’identification des types et sous-types de lymphomes, les traitements sont désormais plus personnalisés. Ils sont déterminés par le caractère (indolent ou agressif) de la maladie, mais aussi d’après différents facteurs pronostiques (stade, nombre de ganglions, extension à certains organes, état de santé général, âge du patient).

Par ailleurs, « le recours au PetScan* permet de mieux évaluer l’extension de la maladie lors du diagnostic mais également de pronostiquer l’efficacité du traitement et de l’ajuster entre deux cures si le résultat obtenu est insuffisant », indique le Dr Sylvie Glaisner, chef du service hématologie de l’hôpital René-Huguenin-Curie, à Saint-Cloud.

« Cela permet de ne pas surtraiter les lymphomes de bon pronostic ou, au contraire, de proposer d’emblée des traitements plus intensifs, comme une greffe de moelle, voire l’inclusion dans un essai thérapeutique, en cas de lymphome plus agressif ou de récidive », précise-t-elle.

Traitement lymphome de Hodgkin – Traitement lymphome non hodgkinien

Dans le lymphome de Hodgkin, le traitement standard consiste en une chimiothérapie (entre 2 et 8 cures en fonction de la dissémination) associée souvent à des séances de radiothérapie sur les ganglions atteints. Une rémission complète est observée dans près de 9 cas sur 10.

En cas de rechute, assez rare, on associera une autogreffe de cellules souches de moelle osseuse à une chimiothérapie plus lourde (chez les patients de moins de 65 ans) ou on proposera l’injection d’un anticorps monoclonal en cas de chimiorésistance.

Comment une « plaque d’immatriculation » des cellules cancéreuses combat la maladie…

Les lymphomes non hodgkiniens, plus complexes, demeurent plus difficiles à traiter. Mais, depuis 1998 et l’arrivée sur le marché du premier anticorps monoclonal, « la prise en charge des patients est révolutionnée », souligne le Dr Reda Bouabdallah.

Associé aux chimiothérapies, le Rituximab®, qui cible directement les cellules lymphomateuses, fait progresser de 20 % les chances de guérison. L’efficacité de cette molécule, qui imite l’anticorps naturel, tient à son mode d’action: il cible un antigène de différenciation des lymphocytes B, qui est une sorte de « plaque d’immatriculation » des cellules cancéreuses. Après fixation sur sa cible, l’anticorps induit la mort de la cellule lymphomateuse.

70 % de guérison dans le cas des lymphomes

Utilisé seul ou associé à la chimiothérapie, le Rituximab® améliore de façon très significative la durée de rémission chez les patients atteints de lymphomes de faible grade de malignité (exemple du lymphome folliculaire), lesquels évoluent le plus souvent comme des maladies « chroniques ».

Dans les lymphomes agressifs, le Rituximab® associé à la chimiothérapie permet aujourd’hui d’entrevoir de véritables guérisons de la maladie dans 60 à 70 % des cas. Comme le Rituximab® est nettement mieux toléré et moins toxique qu’une chimiothérapie, son champ d’investigation est largement exploré.

Exemple : dans certaines formes de lymphome (lymphome folliculaire, lymphome du manteau), son administration en traitement de maintenance (tous les deux mois pendant deux ans) permet d’allonger la durée de rémission et de diminuer le risque de récidive.

De nombreuses voies de recherche dans le traitement d’un lymphome

Cette révolution thérapeutique a ouvert la voie à une vingtaine d’autres anticorps monoclonaux, ainsi qu’à de nouveaux traitements ciblés. Actuellement, les hématologues attendent les résultats de l’étude Relevance.

Si elle se révélait positive, cette étude pourrait représenter une véritable avancée dans les nouvelles thérapies destinées aux patients atteints de lymphome folliculaire. Enfin, parmi les autres pistes explorées figure aussi la privation de cholestérol ou de fer, qui jouent un rôle important dans le développement des cellules tumorales du lymphome.

Mais si les perspectives thérapeutiques sont grandes, les essais sont pour l’instant limités au modèle animal. Il faudra encore attendre quelques années avant de tester ces nouvelles thérapies sur des patients pour lesquels, dans un premier temps, il n’existerait pas d’autre alternative thérapeutique.

Céline Dufranc, avec le soutien de la Fondation ARC

*Technique d’imagerie qui s’intéresse plus au fonctionnement d’un organe qu’à sa structure et repose sur l’injection d’un traceur