Coronavirus : comment le centre de lutte contre le cancer de Bordeaux se prépare à l’activation du « plan blanc »

Comment les hôpitaux de cancérologie se préparent-ils à l'épidémie de Covid-19 ? Entretien avec le Pr Mahon, hématologue et directeur de l’Institut Bergonié, centre de lutte contre le cancer de Nouvelle Aquitaine.  

Les équipes hospitalières se préparent dans toute la France à l'activation du

Votre établissement se prépare-t-il au « plan blanc »*?

Activement, oui. L’Agence Régionale de Santé (ARS) de Nouvelle Aquitaine nous a demandé d’augmenter notre capacité d’accueil de 10%, au cas où nous devrions recevoir les patients qui sont aujourd’hui hospitalisés en cancérologie dans des établissements pluridisciplinaires. A l’Institut Bergonié, nous sommes un centre Unicancer, ce qui signifie que nous recevons uniquement des malades de cancer. Les Centres Hospitaliers qui soignent toutes les pathologies seront en première ligne pour accueillir et hospitaliser les personnes infectées par le coronavirus. Il est donc cohérent de réorienter les malades de cancer vers une structure spécialisée comme la nôtre. Cela permettra d’assurer le continuum des soins sans mettre des patients à l’immunité fragile en contact avec le virus. Nous nous préparons, en cas d’activation du « plan blanc », à ouvrir une dizaine de lits supplémentaires.

Le Pr François-Xavier Mahon, directeur de l’Institut Bergonié de Bordeaux, prépare l’hôpital à l’activation du « plan blanc » face au Coronavirus.

Quelle organisation aujourd’hui pour vous prémunir du Coronavirus?

D’ores et déjà, nous cherchons à préserver nos patients hospitalisés et ceux qui passent en consultation. Nous avons édicté un certain nombre de règles pour limiter la circulation dans l’hôpital. Les visites sont réduites à une personne par jour (et pas d’enfants). Les médecins ont annulé leurs participations aux congrès. Les personnels de recherche, les services administratifs, sont encouragés à télétravailler. Nous avons créé une cellule dédiée au COVId-19 et nous nous préparons en faisant des exercices pour activer le «plan blanc» dés que l’ARS nous le demandera.

Envisagez-vous de déprogrammer certains soins ?

Nous prenons en charge des personnes à l’état de santé très variable : certains patients ne sont pas plus immunodéprimés que la population générale.  D’autres, comme ceux soignés en hématologie, ceux qui suivent une immunothérapie ou ceux qui peuvent être en neutropénie suite à une chimiothérapie restent plus fragiles. Nous demandons donc aux patients fiévreux ou qui auraient de la toux de ne pas venir en consultation – et d’appeler le numéro dédié.

L’Institut Bergonié, le centre Unicancer de Bordeaux.

Nous allons mettre en place rapidement des téléconsultations. Ainsi les patients éviteront de se déplacer jusqu’à l’Institut et bénéficieront de la consultation avec leur oncologue – lorsque le suivi médical de leur pathologie le permet.

Si nous devons, dans le cadre du « plan blanc », accueillir les patients du CHU, nous déprogrammerons des activités de soins de support et nous réfléchissons à l’éventualité de reporter les opérations chirurgicales non urgentes, comme les reconstructions mammaires.  Aujourd’hui la région sud-ouest a été relativement épargnée par l’épidémie, les jours à venir seront déterminants…

Propos recueillis par Céline Lis-Raoux

Le plan blanc qui concerne les hôpitaux est déclenché au cas par cas par les directeurs ou responsables des établissements de santé, en lien avec les Agences régionales de santé (ARS).Les établissements doivent donc être dotés d’une cellule de crise mobilisable en moins de 45 minutes, 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24, pour faire face à un afflux soudain et massif de patients. Le « Guide d’aide à la préparation et à la gestion des tensions hospitalières et des situations sanitaires exceptionnelles » du ministère de la Santé précise que cette cellule de crise rassemble « les principaux responsables de l’établissement chargés de coordonner l’ensemble des services médicaux, techniques et administratifs ». Une fois déclenché, le plan blanc « permet d’assurer la prise en charge des patients lors d’événements graves et/ou inhabituels tout en maintenant la continuité et la qualité des soins des patients non directement impliqués dans l’événement, par la mobilisation au plus juste des ressources nécessaires ». Les interventions non-urgentes peuvent ainsi être déprogrammées, des lits supplémentaires ouverts et le personnel administratif et soignant rappelé.