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Les solutions face au viellissement causé par les traitements

{{ config.mag.article.published }} 29 octobre 2026

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Illustration : Alice Des

Depuis que vous avez commencé les traitements, vous avez du mal à vous reconnaître. Visage marqué, peau ridée, teint terne. Dans le miroir, c’est vous, mais avec des années en plus. Vous envisagez d’agir ? Vous êtes tentée par les injections ? Qu’est-ce qui est possible ? Réponses de nos experts.

Soignée pour un cancer du sein en 2013, Cassandre se souvient de l’impression d’avoir pris dix ans en dix mois de traitements : « Quand je me regardais dans une glace, je ne me reconnaissais pas, raconte-t-elle. Le cancer ne m’avait pas seulement pris mon sein, il m’avait aussi pris mon visage. à 39 ans, je portais le masque de la maladie. »

Devenu le lieu d’un cancer et de ses douleurs, le corps est aussi celui des traces visibles laissées par les traitements. Cheveux, poils, ongles en première ligne. Mais la peau n’est pas non plus épargnée. Outre les cicatrices, les éventuelles épidermites, il y a aussi des signes d’une altération globale de la qualité de l’épiderme.

Sécheresse, rides, ridules, perte d’élasticité, d’éclat, c’est le visage qui marque en premier. Ce qui peut entraîner une fragilisation de l’image de soi, en particulier chez les patientes jeunes. Le stress et l’angoisse n’arrangent rien, mais ces changements s’expliquent d’abord physiologiquement.

Les traitements font vieillir

Pendant les traitements, la sécrétion de sébum est altérée. Cette substance huileuse sécrétée par les glandes sébacées agit comme une barrière protectrice, limitant les agressions et permettant aux cellules cutanées de conserver leur eau.

Moins de sébum entraîne donc une sécheresse de la peau et des muqueuses, une perte de souplesse et une sensibilité accrue, notamment aux rayons solaires. Facteur aggravant, certaines chimiothérapies stoppent l’activité ovarienne, tout comme l’ablation des ovaires ou la radiothérapie pelvienne.

Conséquence : la production d’œstrogènes est arrêtée, brutalement. Or ces hormones ont un rôle clé dans la production naturelle de collagène, d’élastine et d’acide hyaluronique, gardiens de la qualité de notre épiderme.

Quand tous ces éléments viennent à manquer, le vieillissement cutané s’installe. Même effet chez les jeunes patientes qui se trouvent sous tamoxifène. Prescrit parfois en traitement curatif, et le plus souvent pour prévenir une récidive dans les cas de cancer hormonodépendant, ce petit cachet à prendre quotidiennement bloque la production des œstrogènes, induisant également une ménopause brutale et précoce.

Un vrai problème pour les patientes 

« Avec le tamoxifène, ma peau a vieilli plus rapidement, constate Najma, 45 ans. J’ai davantage de rides, et mes cernes sont plus marqués. » Depuis cinq ans, elle se contente d’une crème pour peaux matures à base d’acide hyaluronique et, une fois par an, d’un soin Hydrafacial – alliance d’un nettoyage profond, d’un peeling doux et de l’adjonction de sérums boosters – pour un bon coup d’éclat. Mais, aujourd’hui, elle s’interroge. « Pour l’instant je n’envisage pas d’injections, mais je n’en exclus pas l’idée ! »

Amélie, 45 ans aujourd’hui, a franchi le pas. En 2019, alors qu’elle était sous chimio, elle s’est autorisé un petit point de botox pour neutraliser sa ride du lion. Elle s’est sentie alors plus confiante pour s’afficher, sans honte, le crâne rasé.

En 2023, un deuxième cancer du sein la conduit à nouveau chez son médecin esthétique : « La chimio m’avait épuisée, se souvient-elle. On lisait mes soucis sur mon visage. La ride du lion était très marquée, et le contour des yeux très plissé. Sans cils, ni sourcils, ni cheveux, avec la peau qui pèle et des rougeurs, ça faisait super malade ! »

Depuis que vous avez commencé les traitements, vous avez du mal à vous reconnaître. Visage marqué, peau ridée, teint terne. Dans le miroir, c’est vous, mais avec des années en plus. Vous envisagez d’agir ? Vous êtes tentée par les injections ? Qu’est-ce qui est possible ? Réponses de nos experts. Illustration d'Alice Des pour Rose magazine / RoseUp association
Illustration : Alice Des

Une question de survie intérieure

Au-delà de l’épreuve physique, le cancer impose une métamorphose identitaire. « Face au miroir, ce n’est pas seulement un reflet altéré que les femmes découvrent, observe Sophie Lantheaume, psycho-oncologue à l’hôpital privé Drôme-Ardèche. C’est souvent une fracture entre l’image qu’elles avaient jusque-là d’elles-mêmes et celle que la maladie leur renvoie. »

L’une de ses patientes lui confiait « avoir l’impression de devoir tout réapprendre, même à sourire, tellement le regard qu’elle portait sur elle-même était devenu sévère ».

Encore un effet de la maladie auquel les femmes ne sont pas du tout préparées, qu’elles subissent, et que certaines vivent parfois violemment. Pour la psychologue, prendre soin de son apparence n’a rien d’une coquetterie : « C’est dire à la maladie : tu ne m’auras pas tout entière ! » C’est une question de survie intérieure.

Agir pendant les traitements

Concrètement, qu’est-il possible de faire pour lutter contre ces signes de vieillissement cutané précoces ? Pendant les traitements, le geste qui sauve, c’est l’hydratation.

Dès que l’on observe un assèchement, on suit la recommandation du Dr Anne Grand-Vincent, médecin esthétique à Paris : on applique quotidiennement une crème émolliente à base d’urée (3 à 5 % pour le visage, maximum 10 % pour le corps). « C’est un humectant, capable d’absorber l’eau et de retenir l’humidité sur la peau afin de la maintenir hydratée. Très important également : ne pas sortir sans appliquer une crème anti-UV ! »

On peut, si on le souhaite, ajouter à cette routine de base une crème pour le visage qui booste l’éclat, des soins de socio-esthétique qui peuvent redonner – momentanément – un peu d’énergie. Ça fait toujours du bien au moral mais, ne pouvant atteindre le derme, ces petits coups de pouce ne feront jamais disparaître les rides.

Consulter un professionnel

Avant d’envisager quoi que ce soit d’autre, attendre d’avoir enchaîné une ou deux séances de chimio. Si vous ne présentez pas de réaction cutanée, vous pourrez prendre rendez-vous chez un médecin esthétique ou un dermatologue pour envisager des solutions adaptées à vos besoins, et tenter d’améliorer plus radicalement l’aspect de votre peau.

« En l’absence de contre-indications, on peut tout à fait réaliser des soins esthétiques profonds pour estomper “les fripouilleries de la peau”, confirme la spécialiste. À condition d’avoir l’accord de son oncologue. »

Ingrédient phare de la médecine esthétique : l’acide hyaluronique. Cette molécule super hydratante est naturellement présente dans la peau. Reproduite par biosynthèse, elle donnera des résultats différents selon la manière dont elle est utilisée.

Les solutions naturelles

Adepte du naturel, le Dr Grand-Vincent privilégie le Mésolift, une technique de mésothérapie. Il s’agit de micro-injections d’acide hyaluronique non réticulé (c’est-à-dire très fluide) dans le derme, qui va réhydrater la peau en profondeur.

On peut y ajouter un cocktail revitalisant à base de vitamines, d’oligo-éléments et de minéraux aux effets stimulants pour les fibroblastes, nos « usines » à collagène et à élastine de la peau. Chaque séance de mésothérapie est complétée par de l’exposition à des LED, qui produisent une lumière également très efficace pour stimuler le collagène.

Les « skinboosters » offrent aussi des résultats intéressants. Ces injections légères d’acide hyaluronique dans le derme moyen galbent, lissent et redonnent éclat au visage. Attention ! Attendez-vous à sortir de la séance avec le visage marqué de micropapules (comme des petites cloques) et/ou de rougeurs aux points d’injection. Elles s’estomperont en deux jours. Si vous voulez passer incognito, le mieux est de programmer ce soin la veille d’un week-end où vous n’avez pas prévu de sortir !

Après les traitements contre le cancer

Et après les traitements ? Dès le mois qui suit la fin de votre protocole curatif, il est possible de réintroduire les peelings à base d’acides de fruits, associés à de la mésothérapie : l’acide glycolique va éliminer les cellules mortes, affiner le grain de peau, estomper d’éventuelles cicatrices.

Encore une fois, on ne fait rien d’agressif. L’idée est toujours d’agir en douceur ! Pour redonner une meilleure tension à la peau flagada, et améliorer son élasticité, les techniques de radiofréquence transcutanée sont tout indiquées : de fines aiguilles délivrent sous la peau un courant électrique responsable d’une stimulation intense des fibroblastes, lesquels vont fabriquer de nouvelles fibres de collagène et d’élastine.

Celles qui rêvent d’un petit coup de jeune sans aiguille pourront opter pour les HIFU (ultrasons focalisés de haute intensité). Cette technique de « lifting médical » est non invasive. Elle repose sur l’utilisation d’un appareil qui délivre des ultrasons qui vont provoquer dans la peau des impacts de coagulation, entraînant une rétractation des tissus et une stimulation des fibroblastes.

Leur effet chauffant active en outre la production de collagène et d’élastine, stimulant le processus de régénération de la peau. « Certaines peaux étant plus faciles à stimuler que d’autres du fait de leurs propriétés individuelles, les résultats peuvent varier d’une personne à une autre », précise Anne Grand-Vincent.

Autre option ? Le « filler » (remplisseur), le plus souvent à base d’acide hyaluronique, plus ou moins épais selon l’importance du creux à combler (ride ou pli) ou du volume à restaurer. Mais à envisager minimum deux mois après la fin des traitements, un délai nécessaire en particulier si on a subi une perte de poids.

Myriam, 55 ans : « Je préfère le yoga du visage »

Avec l’hormono, ma peau n’a pas été épargnée, mais je préfère les méthodes non invasives et naturelles. Depuis que mon compagnon m’a fait découvrir le yoga du visage, je le pratique tous les jours, matin et soir.

Il m’a également offert un roller en quartz rose. Je l’utilise par des mouvements circulaires sur le visage, après l’application d’un sérum à l’acide hyaluronique. Cela active la circulation sanguine, et c’est génial pour l’éclat !

Mon autre secret ? Les taies d’oreiller en soie – de mûrier de préférence. Leur incroyable douceur limite les frottements contre le visage, les plis du sommeil et les petites ridules. Mais rien ne vaut de rire et de sourire : ça détend tellement !

Myriam Guiral a cofondé RESIL.IO, une solution digitale d’accompagnement personnalisé pour
les patientes sous hormonothérapie. Voir son compte Instagram : @RESIL.IO

Bien choisir son praticien

Ne reste plus qu’à trouver le bon praticien… Comment faire ? Pensez au réseau des copines ! Le bouche-à-oreille entre amies fonctionne assez bien.

Surtout : toujours choisir un professionnel de santé. « En France, seuls les médecins, les chirurgiens esthétiques et les dermatologues peuvent faire des injections d’acide hyaluronique, rappelle le Dr Grand-Vincent. Il faut connaître l’anatomie, maîtriser les techniques d’injection, avoir l’habitude de gérer les aiguilles, savoir réagir tout de suite en cas de complication, avec un antidote. »

Cela a un coût (voir encadré), mais assure la sécurité avant toute chose. Sur le site de l’Association française de médecine esthétique et anti-âge (AFME), vous trouverez d’excellents conseils pour vous guider, ainsi que l’accès à une carte de France permettant de localiser des pros de la médecine esthétique (plus de 1 700, tous adhérents de l’AFME).

À fuir absolument, les « fake injectors », qui proposent des seringues sous le manteau à 50 euros. Les conséquences sont parfois irréversibles : déformations, nodules, abcès, nécroses ou septicémies, etc.

COMBIEN ÇA COÛTE ?

  • Soin Hydrafacial : à partir de 300 € la séance. Pour éviter les contrefaçons, vérifiez que l’institut affiche bien le badge bleu Verified Provider
  • Mésolift : 250 €/séance
  • Skinboosters : 250 €/seringue
  • Peeling : 120 €
  • Radiofréquence : 400 à 500 €/séance avec LED associées
  • HIFU : 300 €/séance
  • Filler : entre 350 et 500 €/séance

L’effet « waouh ! », ça aide 

Quelle que soit la technique utilisée, c’est réussi si le résultat est… imperceptible. Amélie souhaitait juste rester la même, mais en mieux.

Deux séances de mésothérapie et d’injection d’acide hyaluronique ont suffi pour combler ses sillons nasogéniens, qu’elle trouvait plus marqués depuis l’hormonothérapie : « Ce que fait mon médecin esthétique est génial ! Elle entretient ma peau, en la retouchant juste ce qu’il faut, de façon que je reste moi-même : naturelle ! » Son entourage n’a rien remarqué : « On m’a juste dit que j’avais bonne mine ! »

Cet effet « waouh ! » aide-t-il vraiment les femmes à reprendre le cours de leur vie plus facilement ? C’est en tout cas ce que constate dans sa pratique l’oncologue radiothérapeute Alain Toledano : « En plus d’augmenter le bien-être, l’estime de soi, la confiance, cela participe à la guérison psychosociale. »

Depuis que vous avez commencé les traitements, vous avez du mal à vous reconnaître. Visage marqué, peau ridée, teint terne. Dans le miroir, c’est vous, mais avec des années en plus. Vous envisagez d’agir ? Vous êtes tentée par les injections ? Qu’est-ce qui est possible ? Réponses de nos experts. Illustration d'Alice Des pour Rose magazine / RoseUp association
Illustration : Alice Des

Quelques contre-indications

Raison pour laquelle il n’hésite pas à donner son feu vert aux patientes qui lui demandent son avis sur une injection. Sauf contre-indications, bien sûr. Quelles sont-elles ?

De façon générale, on ne réalise aucun acte chez une femme enceinte, allaitante ou ayant une maladie auto-immune. Principe de précaution, car dans ces cas précis le risque est augmenté de faire une réaction anormale après l’injection : inflammation avec œdème (gonflement) ou induration (la zone durcit).

Autres contre-­indications : les infections ou inflammations cutanées, une poussée d’herpès, une hypersensibilité connue à l’acide hyaluronique ou à l’un des composants de la formule, des antécédents allergiques graves, les porphyries (maladies métaboliques héréditaires).

Vigilance également quand on a reçu des injections de produits non résorbables (type silicone), dans ce cas on évite les zones déjà traitées.

Des soins plus qu’esthétiques

« L’influence des traitements esthétiques, y compris les injections d’acide hyaluronique, sur l’évolution du cancer est un domaine de recherche en plein développement, observe le Dr Fanny Poirot, médecin esthétique et auteure d’articles sur le sujet. L’impact indirect de l’amélioration de la qualité de vie et du bien-être psychologique sur la santé globale et la résilience des patients est indéniable. Notamment en contribuant à une meilleure adhésion aux traitements, entraînant des résultats de santé plus favorables. »

Ce que le Dr Audrey Michot, chirurgienne plasticienne à l’Institut Bergonié, à Bordeaux, s’apprête à démontrer avec l’essai clinique Jouvence. Son objectif est d’évaluer l’efficacité et l’innocuité de l’injection d’acide hyaluronique dans les pommettes, cernes et sillons nasogéniens des patientes six mois après la fin de leurs traitements. Le degré d’amélioration esthétique et la qualité de vie des patientes avant et après injection seront analysés à travers différents échanges et questionnaires.

« En repulpant le visage des patientes – et des patients ! – on peut les aider à se sentir plus forts, plus désirables. Cela participe à la phase de reconstruction et aide à passer un cap », pense-t-elle. Elle en a été témoin lorsque sa sœur Cassandre a tenté l’aventure, et c’est ce qui l’a convaincue de creuser le sujet.

Consciente que cet acte de médecine esthétique reste trop onéreux pour beaucoup de patientes, la lauréate 2022 du prix Ruban rose qualité de vie espère à terme pouvoir l’intégrer dans une prise en charge globale, au même titre que la médecine nutritionnelle ou l’activité physique adaptée.

Pour Cassandre, il n’y a pas débat : « Réparer notre visage comme on répare nos seins permet de se projeter dans du positif ! Il n’y a pas à juger si c’est bien ou pas. Nous seules pouvons savoir si l’on a besoin d’un coup de pouce ou non. Ce n’est ni égoïste ni futile, ça permet de tourner la page. Sauver la vie des gens, c’est aussi sauver l’après ! »

À LIRE 

Je m’initie au yoga du visage. Guide visuel, de Sylvie Lefranc, éd. Leduc, 21 €.

Le best-seller pratico-pratique de la papesse française de cette technique. Une option idéale pour les phobiques de l’injection…

 

 

Philosophe des sciences et biologiste, Clémence Guillermain nous éclaire sur ce phénomène biologique complexe qu’est le vieillissement du corps, et qui commence dès la naissance…Le vieillissement n’est pas une maladie, de Clémence Guillermain, PUF, 17 €.

Philosophe des sciences et biologiste, l’auteure nous éclaire sur ce phénomène biologique complexe qu’est le vieillissement du corps, et qui commence dès la naissance…


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Céline Dufranc

Présente depuis 2011 et notre numéro 1, elle a promené sa plume dans toutes nos rubriques : reportage, beauté, santé, forme et bien-être… Des sujets dont elle s’empare avec le vécu de celle qui a aussi connu le cancer et qui est aujourd’hui proche aidante auprès de sa maman, atteinte d’un myélome. Son style est dans l’ADN du magazine : enjoué, complice, résolument positif.

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