Coronavirus et cancer : des immunothérapies reportées pour certains patients

Face au Covid-19, les hôpitaux réorganisent les traitements de cancer pour minimiser le risque d’infection. Ainsi, certaines immunothérapies sont ajournées. Y-a-t-il une perte de chances pour les patients? Réponse du Pr Besse, chef du département de médecine oncologique à Gustave Roussy.

Le Pr Besse, spécialiste de la prise en charge des cancers thoraciques, chef du département de Médecine oncologique de Gustave Roussy.

Face au Covid-19 comment gérez-vous les traitements d’immunothérapies pour les malades de cancer (notamment cancers du poumon, du sein et mélanome) ?

Professeur Benjamin Besse: Lorsqu’on prescrit un traitement, on prend en compte trois dimensions. D’abord, le patient- personne : ses antécédents médicaux et ses comorbidités. Ensuite, sa tumeur. Et puis des affections non prévisibles qui peuvent survenir comme une pneumopathie ou, aujourd’hui, le coronavirus. Donc, oui, le Covid-19 change la donne et, parfois, l’équilibre bénéfice/risque pour certains patients. Nous nous adaptons.

« Face au Covid-19, nous réévaluons pour chaque patient le bénéfice/risque de recevoir un traitement à l’hôpital »

Le coronavirus va donc modifier des prises en charge de cancer ?

Dans le contexte actuel, faire systématiquement venir les patients à l’hôpital, c’est leur faire courir un risque augmenté d’exposition au virus. Pour chacun, il nous faut donc soupeser ce risque et le bénéfice à poursuivre un traitement selon les modalités habituelles. Et évaluer si, pour certains, il est possible de l’annuler ou le retarder.

« Déplacer les patients les expose. Et il n’existe pas d’immunothérapies par voie orale. Nous suspendons les injections pour certains patients »

Depuis lundi, à Gustave-Roussy nous avons ainsi déjà fortement diminué l’activité de l’hôpital de jour, une baisse d’environ 30%. Pour les immunothérapies, qui sont un traitement relativement nouveau, il n’existe pas, contrairement à certains chimiothérapies, d’équivalent qui puisse être prescrit par voie orale. Nous nous orientons donc au cas par cas vers une suspension temporaire des injections, dont le rythme habituel est d’une toutes les 2 à 6 semaines.

Comment est-ce possible sans perte de chances ?

La plupart des immunothérapies (pembrolizumab, nivolumab…) sont des médicaments qui ont une demi-vie (le temps qu’une substance perde la moitié de son activité dans l’organisme, NDLR) longue, de 3 à 4 semaines. On estime qu’il faut 5 demi-vies pour que le médicament disparaisse totalement de l’organisme. Même si l’on interrompt le traitement pour une ou deux injections, il restera du médicament circulant dans le sang. Pour une immunothérapie qui s’injectait toutes les trois semaines, on peut ainsi envisager de la retarder jusqu’à 6 semaines. Entre exposer les patients au risque d’être en contact avec le virus en sortant de chez eux et ajourner momentanément le traitement, la balance penche parfois en faveur d’une suspension des injections.

Propos recueillis par Claudine Proust