Étape 1 : la proposition
Le plus souvent, c’est votre oncologue qui vous propose de participer à un essai clinique lors d’une consultation. Cette proposition est l’aboutissement d’une réflexion menée au préalable lors d’une Réunion de Concertation Pluridisciplinaire (RCP), où plusieurs spécialistes examinent ensemble votre dossier pour identifier les options thérapeutiques les plus adaptées.
L’idée peut aussi venir de vous : si vous avez repéré une étude, vous pouvez tout à fait en parler à votre oncologue. Dans tous les cas, la démarche reste la même : votre dossier sera attentivement examiné par votre équipe médicale pour vérifier que le protocole correspond à votre situation. « C’est difficile pour une patiente de savoir seule si elle peut participer ou pas », insiste le Pr Julien Mancini, médecin de santé publique et chercheur au laboratoire SESSTIM (Aix-Marseille Université).
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Etape 2 : le temps de réflexion
Rien ne se décide dans l’urgence. Vous repartirez chez vous avec une note d’information et un formulaire de « consentement éclairé ». Ce document, souvent très dense, détaille l’objectif de l’étude, les traitements envisagés, les examens à prévoir, les effets indésirables connus et la protection de vos données.
« On ne commence aucun examen de l’essai clinique tant qu’on n’a pas récupéré le document signé par la patiente et par le médecin qui lui propose l’essai », souligne Lauriane Roy, attachée de recherche clinique en sénologie à l’Oncopole de Toulouse.
Prenez le temps de tout relire à tête reposée et d’en discuter avec vos proches ou votre médecin traitant. Si vous avez des questions d’ordre médical, votre oncologue y répondra ; si elles touchent à l’organisation (horaires, logistique), l’infirmière de recherche clinique prendra le relais. C’est seulement une fois votre accord signé que l’équipe pourra programmer la suite.
Étape 3 : la vérification des critères d’inclusion
Vous ne démarrez pas immédiatement le traitement. Vous entrez d’abord dans une phase d’évaluations poussées : le bilan d’inclusion. Son objectif est de passer au crible votre état de santé et les caractéristiques de votre cancer pour s’assurer que vous correspondez en tout point aux critères fixés par le protocole scientifique.
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On vous fera passer par exemple :
- Des prises de sang poussées : elles permettent de contrôler le fonctionnement de vos reins, de votre foie ou encore votre taux de globules. Si une valeur est un peu trop basse ou trop haute, le traitement de l’essai pourrait présenter trop de risques pour vous, ou rendre les résultats difficiles à interpréter.
- Des examens d’imagerie (Scanner, IRM, TEP-scan) : ces examens servent à cartographier précisément votre tumeur. Ils permettent de vérifier la localisation des lésions et d’en mesurer la taille. Dans certains essais, il faut obligatoirement au moins une lésion « mesurable » de façon très nette pour pouvoir évaluer objectivement, plus tard, si le médicament la fait réduire. L’imagerie permet aussi d’écarter la présence d’une métastase, non détectée jusqu’alors, qui vous exclurait de certains protocoles réservés aux cancers localisés.
- Des examens cardiaques (électrocardiogramme, échographie) : ils vérifient que votre cœur est en état de tolérer le traitement sans risque excessif.
- Des biopsies complémentaires : certains traitements visent des cibles présentes à la surface des cellules tumorales. Ces biopsies servent à vérifier que ces marqueurs sont bien présents.
Si l’un des résultats n’entre pas dans les critères d’inclusion, vous ne pourrez pas participer à l’étude. Gardez en tête que ce n’est pas de votre faute et que vous ne serez pas laissée de côté pour autant : « Le médecin vous explique la situation et vous oriente ensuite vers un autre traitement », précise Dorothée Saintenac, infirmière en recherche clinique à l’Oncopole de Toulouse.
En d’autres termes : si le bilan d’inclusion ne permet pas de valider votre entrée dans l’essai, il n’interrompt jamais votre suivi. Cela signifie simplement que ce protocole précis ne correspond pas, ou plus, à votre situation médicale du moment et qu’un autre traitement plus adapté va prendre le relais.
Étape 4 : l‘attribution du groupe
Une fois le bilan d’inclusion validé, vous entrez officiellement dans l’étude. Si l’essai compare plusieurs options, vous serez attribuée par tirage au sort à l’un des groupes de l’étude :
- Le groupe « traitement » (ou bras expérimental) : vous recevez le nouveau traitement ou la nouvelle stratégie évaluée.
- Le groupe « témoin » (ou bras contrôle) : vous recevez le traitement standard de référence actuel.
Ce tirage au sort est géré par un ordinateur pour garantir une stricte neutralité. Ni vous ni votre oncologue ne choisissez votre groupe. Dans certains essais dits « en double aveugle », cela signifie que ni vous ni l’équipe médicale ne saurez quel traitement vous recevez pendant la durée de l’étude.
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Étape 5 : le quotidien
Scanner, IRM, électrocardiogramme, bilan ophtalmologique ou biopsies complémentaires : selon le protocole, les visites peuvent être plus fréquentes que dans une prise en charge habituelle. « Il y a beaucoup plus de rendez-vous, plus d’examens et des contrôles plus fréquents », résume Dorothée Saintenac.
Tous ces examens ne sont pas forcément réalisés dans l’hôpital où vous êtes habituellement suivie. Les essais cliniques sont en effet conduits dans des centres autorisés à les mener. Rassurez-vous: votre hôpital d’origine ne disparaît pas complètement. Si la délivrance du traitement et certains bilans spécifiques peuvent se faire dans le centre participant à l’essai, des examens plus routiniers – prises de sang courantes, électrocardiogrammes – peuvent parfois continuer à être réalisés dans votre hôpital habituel ou en laboratoire de ville, puis transmis à l’équipe de recherche.
Un essai clinique ne change donc pas seulement votre traitement, il peut aussi modifier le rythme de vos soins. Il faut vous déplacer plus souvent à l’hôpital et respecter des dates de rendez-vous moins souples : une prise de sang, une imagerie ou une consultation doivent parfois être réalisées dans une période précise.
Derrière ces consignes, il y a ce que Dorothée Saintenac appelle “un travail de fourmi”. Vous devrez parfois remplir des questionnaires de qualité de vie, noter vos prises de traitement, rapporter vos boîtes de médicaments, même vides ou non utilisées. Ce n’est pas par excès de zèle : ces informations servent à comprendre si le traitement est pris correctement, comment vous le tolérez et ce qu’il change à votre quotidien.
Étape 6 : Le signalement des effets secondaires
Un essai clinique peut tester un nouveau traitement, un dosage différent ou une association de molécules : on ne connaît donc pas toujours encore précisément tous ses effets secondaires. C’est précisément pour cette raison que votre suivi au quotidien demande une vigilance particulière.
Pour vous y aider, l’équipe médicale vous remet dès le départ une notice d’information détaillée. Selon le protocole, ce document précise notamment la façon de prendre le traitement, les effets secondaires attendus et leurs symptômes. Il s’accompagne d’une carte comportant des numéros de contacts (infirmières de recherche clinique, ligne d’urgence) que vous pouvez joindre à tout moment, de jour comme de nuit, la semaine comme le week-end.
Un symptôme inhabituel, un doute sur la prise d’un médicament ? N’attendez pas d’être certaine que ce soit « grave » pour appeler. « Tous les effets secondaires, aussi minimes soient-ils, il faut nous les signaler », insiste Lauriane Roy.
Ces signalements répondent à un double enjeu :
- Pour vous : ils permettent à l’équipe de réagir immédiatement en adaptant vos doses ou en vous prescrivant un traitement pour vous soulager.
- Pour la recherche : l’équipe trace vos signalements, évalue leur gravité et les transmet selon les règles de l’étude afin de mieux documenter les effets du traitement testé.
Étape 7 : La fin ou l’arrêt anticipé du protocole
La question de la sortie de l’essai suscite souvent beaucoup d’appréhensions. En réalité, le parcours peut s’interrompre ou prendre fin de trois manières différentes, toutes strictement encadrées :
Vous allez jusqu’au bout de l’essai
Si vous avez bien toléré le traitement et que la période prévue par le protocole touche à sa fin, votre oncologue fait alors le point avec vous pour définir la suite de votre prise en charge : poursuite du traitement s’il reste disponible, surveillance simple ou passage à un autre traitement.
Vous demandez vous-même à en sortir
Votre consentement n’est jamais définitif. Si les contraintes de calendrier deviennent trop lourdes à gérer au quotidien, si les trajets vous épuisent ou pour toute autre raison personnelle, vous avez la liberté d’interrompre votre participation à tout moment. Il vous suffit d’en parler avec votre médecin.
Vous retirer d’un essai ne remet jamais en cause votre relation avec l’équipe soignante : la suite de votre prise en charge sera rediscutée avec votre oncologue.
Le protocole est interrompu prématurément par l’équipe médicale
Le Pr Julien Mancini l’assure : « On ne se fait pas débarquer d’un essai » et il ne s’agit en aucun cas d’une sanction si l’équipe médicale décide d’arrêter votre protocole plus tôt. Elle le fait pour assurer votre sécurité. Cela peut être le cas si :
- la maladie progresse malgré le traitement. « On ne va pas perdre de temps et passer à un autre traitement », explique Dorothée Saintenac.
- les effets secondaires restent trop importants malgré les ajustements de dose.
- vous développez une autre pathologie qui nécessite un traitement incompatible avec le protocole de l’essai
- si des données de sécurité inquiétantes remontent de centres participant à l’étude, les autorités de santé peuvent suspendre ou arrêter définitivement l’essai par précaution.
Dans tous les cas, la fin d’un essai ne signifie jamais la fin de votre prise en charge : votre oncologue réévalue votre situation pour vous proposer la suite la plus adaptée.
Quand un essai s’arrête… parce qu’il fonctionne trop bien !
Dans certains essais, les premiers résultats sur l’efficacité sont analysés avant la fin du protocole. S’ils montrent que le traitement évalué apporte un bénéfice suffisamment net, l’essai peut être arrêté ou modifié afin que toutes les patientes en bénéficient, même celles incluses dans le bras contrôle. Ces « arrêts anticipés pour efficacité » reposent sur des critères statistiques stricts, prévus dans le protocole, et sur l’analyse des instances chargées de suivre la sécurité et les résultats de l’essai.
Merci à Lauriane Roy et Dorothée Saintenac ainsi qu’au Pr Julien Mancini, pour leur aide dans l’écriture de cet article.