Covid-19 : la vaccination des malades de cancer en 5 questions

Alors que la vaccination contre le Covid-19 va bientôt démarrer en France, les malades de cancer se demandent si elle sera efficace et sans risque pour eux. Éléments de réponse.

La vaccination contre le Covid est-elle efficace et sans risque pour les malades de cancer - roseupassociation - rosemagazine

Les malades de cancer seront-ils vaccinés prioritairement ?

Oui.

Olivier Véran, Ministre des Solidarités et de la Santé, a annoncé le 14 janvier que les patients présentant un haut risque de développer une forme de grave de Covid pourront se faire vacciner dès le 18 janvier. Sont concernés, les patients :

  • atteints de cancers et de maladies hématologiques malignes en cours de traitement par chimiothérapie ;
  • atteints de maladies rénales chroniques sévères, dont les patients dialysés ;
  • transplantés d’organes solides ;
  • transplantés par allogreffe de cellules souches hématopoïétiques ;
  • atteints de poly-pathologies chroniques et présentant au moins deux insuffisances d’organes ;
  • atteints de certaines maladies rares et particulièrement à risque en cas d’infection (liste spécifique établie par le COS et les filières de santé maladies rares) ;
  • atteints de trisomie 21.

La HAS a également recommandé que les personnes « ayant un cancer ou ayant eu un cancer ces trois dernières années’ se fassent vacciner lors de la 2ème phase du plan de stratégie vaccinale qui devrait début en février. Un recommandation qui semble très large au vu des retours d’expérience plutôt rassurants de certains centres de lutte contre le cancer. « Peu d’études précisent les différents types de cancers considérés, l’ancienneté du cancer et les différents traitements, explique le Dr Lise Alter, directrice de l’évaluation médicale, économique et de santé publique à la HAS. Or, le cancer est une maladie très hétérogène. L’étude qui nous a le plus aidés dans notre travail est celle de Clift et al.. C’est la plus précise selon nous car elle distingue les différents types de cancers et les différents traitements. Au regard des éléments à notre disposition, qui sont encore assez peu documentés je vous l’accorde, il semble se dégager de la littérature que le fait d’avoir ou d’avoir eu un cancer ou une maladie hématologique dans les 3 ans est un facteur de risque. »

Que sait-on de l’efficacité de cette vaccination chez les malades de cancer ?

Pas grand chose pour le moment.

Les résultats des phases III d’essai clinique des différents candidats vaccins contre le Covid n’ont, pour la majorité, pas encore été publiés. Par ailleurs, ces études évaluent en général l’efficacité et la tolérance des traitements sur l’ensemble de la population. « Pour beaucoup de vaccins actuellement disponibles pour d’autres maladies, les études sur des populations spécifiques, comme les malades de cancer par exemple, sont faites a posteriori » précise le Pr Jean-Daniel Lelièvre, chef du service d’immunologie clinique et maladies infectieuses au CHU Henri Mondor.

Pour le Pr Blay, président d’Unicancer, c’est « une course contre la montre qui a démarré ». La Fédération nationale des centres de lutte contre le cancer a donc contacté l’ensemble des laboratoires qui développent un vaccin pour leur proposer de démarrer au plus vite une étude prospective focalisée sur les malades de cancer.

Le vaccin peut-il être moins efficace chez les malades de cancer ?

Oui. Mais ceci n’est pas valable pour tous les malades de cancer.

« La vaccination contre le Covid pourrait être moins efficace chez les patients qui reçoivent un traitement lymphopéniant » précise le Pr Jean-Daniel Lelièvre. Comprendre, un traitement qui diminue le nombre de lymphocytes dans la circulation sanguine. Ce sont ces cellules du système immunitaire qui sont stimulées par le vaccin et vont détruire les cellules infectées par un virus, notamment en produisant des anticorps. Si leur nombre n’est pas suffisant, le vaccin sera donc moins efficace. Cela concerne particulièrement les personnes traitées pour un cancer hématologique dont les traitements visent justement à détruire les cellules du système immunitaire, devenues tumorales.

Le Pr Alain Fischer, immunologiste et président du Conseil d’orientation de la stratégie vaccinale, a toutefois indiqué lors de son audition par l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques que « même si des doutes existent sur le niveau de protection que l’on pourra assurer chez les malades immunodéprimés, et que ce doute persistera encore un certain temps avant que l’on ait des réponses précises, ils n’empêcheront pas de vacciner ces personnes. Le doute doit bénéficier à ces personnes à risque. »

 

ARNm ou vecteur viral, quel vaccin est le plus adapté pour les malades de cancer ?

« À l’heure actuelle, nous avons plus de recul avec les vaccins à ARNm, comme ceux développés par Pfizer et Moderna, pour les patients atteints de cancer » explique le Pr Jean-Daniel Lelièvre.

Cela peut paraître étonnant puisque aucun vaccin à ARNm n’a encore été commercialisé. Toutefois, ils sont loin d’être inconnus dans le domaine de l’oncologie. Depuis une dizaine d’années, les chercheurs essaient de provoquer une réponse immunitaire contre les tumeurs avec des vaccins à ARNm. Si cette approche n’a pas démontré à ce jour son efficacité pour lutter contre le cancer, elle a en revanche montré que les vaccins à ARNm étaient bien tolérés par les malades.

Concernant les vaccins à vecteurs viraux, il faudra distinguer les vecteurs non-réplicatifs, comme celui proposé par Astrazeneca, des vecteurs réplicatifs, comme l’explique le Pr Lelièvre : « Les vaccins à vecteurs viraux non-réplicatifs ne posent pas de problèmes chez des patients immunodéprimés. En revanche, les vecteurs viraux réplicatifs pourraient leur être contre-indiqués. » Ce qui a été confirmé par le Pr Fisher lors de son audition.

 

Peut-on se reposer sur l’immunité collective pour protéger les malades de cancer  ?

Non.

Rappelons en premier lieu l’intérêt de l’immunité collective. Cette approche, qui consiste à vacciner un maximum de personnes, a pour but de protéger les personnes qui ne peuvent pas se faire vacciner, soit en raison de leur âge – comme les nouveaux-nés par exemple – soit pour des raisons de santé. L’immunité collective pourrait donc, en théorie, bénéficier aux malades de cancer pour qui la vaccination serait contre-indiquée ou peu efficace.

Mais « pour atteindre l’immunité collective, il faudrait que 70% de la population soit vaccinée contre le Covid » prévient le Pr Lelièvre. L’objectif est donc difficilement atteignable étant donné la réticence de la population française vis-à-vis de la vaccination et du plan vaccinal qui se fera par phases. « En revanche, on pourrait envisager de faire du cocooning en vaccinant les proches des malades de cancer, reconnaît le Pr Lelièvre. C’est ce qu’on fait pour la coqueluche : quand un enfant né, on vaccine son entourage pour protéger le nourrisson. »

EN IMAGE : Le Pr Lelièvre, médecin immunologiste au CHU Henri Mondor, a répondu à vos questions sur la vaccination des malades de cancer. Retrouvez son intervention sur notre chaîne YouTube :

 

Emilie Groyer

Mis à jour le 14 janvier 2020