Covid-19 : la vaccination des malades de cancer en 9 questions

Alors que la vaccination contre le Covid-19 va bientôt démarrer en France, les malades de cancer se demandent si elle sera efficace et sans risque pour eux. Éléments de réponse.

La vaccination contre le Covid est-elle efficace et sans risque pour les malades de cancer - roseupassociation - rosemagazine

Les personnes atteintes d’un cancer peuvent-elles se faire vacciner ?

Oui.

Olivier Véran a annoncé le 30 avril 2020 que toute personne de plus de 18 ans présentant une comorbidité, comme un cancer, peut se faire vacciner à partir du 1er mai. Le Ministre des Solidarités et de la Santé n’a toutefois pas précisé si seuls les malades actuellement sous traitement étaient concernées.

Pour rappel, initialement, la priorité était donnée aux patients présentant un haut risque de développer une forme de grave de Covid1. Étaient concernés, quel que soit leur âge, les patients :

  • atteints de cancers et de maladies hématologiques malignes en cours de traitement par chimiothérapie ;
  • atteints de maladies rénales chroniques sévères, dont les patients dialysés ;
  • transplantés d’organes solides ;
  • transplantés par allogreffe de cellules souches hématopoïétiques;
  • atteints de poly-pathologies chroniques et présentant au moins deux insuffisances d’organes ;
  • atteints de certaines maladies rares et particulièrement à risque en cas d’infection (liste spécifique établie par le COS et les filières de santé maladies rares) ;
  • atteints de trisomie 21.

De son côté, la HAS avait préconisé que la vaccination soit élargie aux personnes ayant ou ayant eu un cancer ces 3 dernières années. Selon certaines études, il s’agirait en effet d’un facteur de risque de développer une forme grave de Covid.

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Pour savoir si vous êtes éligibles à la vaccination et de quel vaccin vous pourrez bénéficier, vous pouvez répondre à quelques questions sur le site du ministère de la Santé.

Peut-on recevoir une injection alors qu’on est en cours de traitement ?

Selon les dernières recommandations de l’INCa, par principe de précaution, il est préconisé de se faire si possible avant le début des traitements. Il est aussi recommandé d’éviter de recevoir une injection lors d’aplasies : pendant ces périodes, la vaccination risquerait d’être moins efficace puisque les défenses immunitaires du malade sont amoindries.

Faudra-t-il adapter l’intervalle entre la première et la deuxième dose ?

Toujours selon les dernières recommandations de l’INCa, il peut être envisagé d’élargir l’intervalle entre les 2 injections de vaccin pour les malades qui n’ont pas encore débuté leurs traitements et « dont la première injection aura lieu avant les soins du cancer dès lors qu’une aplasie profonde n’est pas attendue à court terme ».

Pour les autres malades, il est préconisé de s’en tenir au protocole initialement prévu : soit 3 à 4 semaines d’intervalle pour les vaccins à ARNm. L’INCa craint en effet que les malades dont les défenses immunitaires sont affaiblies développent une forme grave de Covid entre les 2 injections.

Toutefois, pour les malades sous chimiothérapie, l’intervalle entre les doses pourra être adapté pour éviter que les injections se fassent pendant une période d’aplasie. De la même façon, pour les malades qui doivent recevoir des anti-CD20, il est préconisé de suivre l’intervalle le plus court possible entre les 2 injections pour ne pas retarder le démarrage du traitement.

Vais-je recevoir une 3ème injection ?

Depuis le 11 avril, il est recommandé aux personnes « sévèrement immunodéprimées » – notamment les personnes atteintes de cancer hématologiques, traitées par anti-CD20 (Rituximab) ou greffe de moelle osseuse – de recevoir une 3ème dose de vaccin à ARNm pour améliorer la réponse immunitaire contre le virus.

Que sait-on de l’efficacité de cette vaccination chez les personnes touchées par un cancer ?

Pas grand chose pour le moment.

Les essais cliniques, qui ont évalué l’efficacité et la tolérance des vaccins anti-Covid, ont été réalisés sur des populations dites « saines », c’est-à-dire sur des personnes ne souffrant pas de pathologies. Comme cela est fait classiquement comme le confirme le Pr Jean-Daniel Lelièvre, chef du service d’immunologie clinique et maladies infectieuses au CHU Henri Mondor : « Pour beaucoup de vaccins actuellement disponibles pour d’autres virus, les études sur des populations spécifiques, comme les malades de cancer par exemple, sont faites a posteriori. »

Pour le Pr Blay, président d’Unicancer, c’est « une course contre la montre qui a démarré ». La Fédération nationale des centres de lutte contre le cancer a donc contacté l’ensemble des laboratoires qui développent un vaccin pour leur proposer de démarrer au plus vite une étude prospective focalisée sur les malades de cancer.

Une première étude israélienne vient toutefois de montrer que le vaccin Pfizer est bien toléré par les malades sous immunothérapie.

Le vaccin peut-il être moins efficace chez les personnes atteintes d’un cancer ?

Oui. Mais ceci n’est pas valable pour tous les malades de cancer.

« La vaccination contre le Covid pourrait être moins efficace chez les patients qui reçoivent un traitement lymphopéniant » précise le Pr Jean-Daniel Lelièvre. Comprendre, un traitement qui diminue le nombre de lymphocytes dans la circulation sanguine. Ce sont ces cellules du système immunitaire qui sont stimulées par le vaccin et vont détruire les cellules infectées par un virus, notamment en produisant des anticorps. Si leur nombre n’est pas suffisant, le vaccin sera donc moins efficace. Cela concerne particulièrement les personnes traitées pour un cancer hématologique dont les traitements visent justement à détruire les cellules du système immunitaire, devenues tumorales.

Le Pr Alain Fischer, immunologiste et président du Conseil d’orientation de la stratégie vaccinale, a toutefois indiqué lors de son audition par l’Office parlementaire d’évaluation des choix scientifiques et technologiques que « même si des doutes existent sur le niveau de protection que l’on pourra assurer chez les malades immunodéprimés, et que ce doute persistera encore un certain temps avant que l’on ait des réponses précises, ils n’empêcheront pas de vacciner ces personnes. Le doute doit bénéficier à ces personnes à risque. »

 

ARNm ou vecteur viral, quel vaccin est le plus adapté ?

« À l’heure actuelle, nous avons plus de recul avec les vaccins à ARNm, comme ceux développés par Pfizer et Moderna, pour les patients atteints de cancer » explique le Pr Jean-Daniel Lelièvre.

Cela peut paraître étonnant puisque aucun vaccin à ARNm n’a encore été commercialisé. Toutefois, ils sont loin d’être inconnus dans le domaine de l’oncologie. Depuis une dizaine d’années, les chercheurs essaient de provoquer une réponse immunitaire contre les tumeurs avec des vaccins à ARNm. Si cette approche n’a pas démontré à ce jour son efficacité pour lutter contre le cancer, elle a en revanche montré que les vaccins à ARNm étaient bien tolérés par les malades.

Concernant les vaccins à vecteurs viraux, il faudra distinguer les vecteurs non-réplicatifs, comme celui proposé par Astrazeneca, des vecteurs réplicatifs, comme l’explique le Pr Lelièvre : « Les vaccins à vecteurs viraux non-réplicatifs ne posent pas de problèmes chez des patients immunodéprimés. En revanche, les vecteurs viraux réplicatifs pourraient leur être contre-indiqués. » Ce qui a été confirmé par le Pr Fisher lors de son audition.

 

Peut-on se reposer sur l’immunité collective pour protéger les personnes vulnérables  ?

Non.

Rappelons en premier lieu l’intérêt de l’immunité collective. Cette approche, qui consiste à vacciner un maximum de personnes, a pour but de protéger les personnes qui ne peuvent pas se faire vacciner, soit en raison de leur âge – comme les nouveaux-nés par exemple – soit pour des raisons de santé. L’immunité collective pourrait donc, en théorie, bénéficier aux malades de cancer pour qui la vaccination serait contre-indiquée ou peu efficace.

Mais « pour atteindre l’immunité collective, il faudrait que 70% de la population soit vaccinée contre le Covid » prévient le Pr Lelièvre. L’objectif est donc difficilement atteignable étant donné la réticence de la population française vis-à-vis de la vaccination et du plan vaccinal qui se fera par phases.

EN IMAGE : Le Pr Lelièvre, médecin immunologiste au CHU Henri Mondor, a répondu à vos questions sur la vaccination des malades de cancer. Retrouvez son intervention sur notre chaîne YouTube :

 

Mes proches peuvent-ils se faire vacciner pour me protéger ?

Oui, si vous êtes immunodéprimé.

Si l’immunité collective semble difficile à atteindre pour le moment, une autre approche est possible pour protéger les personnes vulnérables comme nous l’indiquait le Pr Lelièvre en décembre 2020 : « On pourrait envisager de faire du cocooning en vaccinant les proches des malades de cancer. C’est ce qu’on fait pour la coqueluche : quand un enfant né, on vaccine son entourage pour protéger le nourrisson. »

C’est le choix qu’a fait Olivier Véran en annonçant que les personnes vivant sous le même toit qu’une personne immunodéprimée peuvent se faire vacciner à partir du 26 avril (Pour plus de détails, lire aussi « Les proches de personnes immunodéprimées peuvent se faire vacciner« ).

LIRE AUSSI : Retrouvez tous nos articles sur la vaccination, l’impact de la pandémie sur les malades de cancer, les risques face au Covid-19, les pertes de chance… dans notre dossier complet « Cancer et coronavirus »

Emilie Groyer

1. Annonce du 14 janvier 2021. Les personnes à haut risque de forme grave pouvaient se faire vacciner à compter du 18 janvier 2021.

Première publication : 17 décembre 2020
Mis à jour le 30 avril 2021